Les documents publiés à partir du téléphone du général-major russe Roman Demurchiev ont provoqué une résonance bien au-delà de l’Ukraine. Il ne s’agit pas de récits ou de témoignages anonymes, mais de correspondances personnelles et de messages vocaux qui, selon la partie ukrainienne, ont été obtenus après le piratage de l’appareil du commandant de la 20e armée interarmes de la Fédération de Russie.
Les archives des années 2022-2024 ont été transmises à des journalistes d’opposition russes collaborant avec « Radio Svoboda ». Une partie des documents a également été publiée par les médias « Nastoyashchee Vremya » et « Meduza ».
Ce que contient la correspondance
Photos des « trophées » et réaction de la famille
Parmi les documents publiés figure une photo d’oreilles humaines coupées et noircies, suspendues à un tuyau métallique. Selon les journalistes, la photo a été envoyée par le général à son épouse.
La correspondance discute de ce qu’il est possible de faire avec ce « trophée ». En réponse à la question de sa femme sur les plans futurs, l’officier écrit qu’il « fera une guirlande et l’offrira ». L’épouse compare ce qu’elle a vu à des « oreilles de porc pour la bière ».
Ces fragments sont devenus la partie centrale de l’enquête, car il s’agit d’une reconnaissance directe de la pratique du traitement des prisonniers, qui relève de la définition des crimes de guerre en droit international.
Les journalistes déclarent qu’avant la publication, ils ont obtenu les conclusions de trois experts confirmant l’authenticité des archives.
Lien avec les pratiques des guerres tchétchènes
Le média « Meduza » indique que la pratique de couper les oreilles comme « trophée » est apparue dans l’armée russe lors des campagnes tchétchènes. Demurchiev a commencé son service précisément en Tchétchénie et, selon les documents de la correspondance, il a mentionné à plusieurs reprises cette expérience.
En 2024, il a envoyé un message vocal à un membre de l’unité spéciale du FSB « Vympel », dans lequel il confirmait pratiquement l’existence de telles actions. Dans l’audio, il est dit que « à notre âge, on ne fait plus cela, on donne seulement des ordres à quelqu’un pour faire quelque chose ».
De telles formulations indiquent une possible systématicité de la pratique, et non un épisode isolé.
Carrière et réputation officielle
Roman Demurchiev participe à la guerre contre l’Ukraine depuis février 2022. Les sources officielles russes l’ont qualifié d’« exemple de courage et de professionnalisme ». En mars 2022, le journal de l’armée « Zvezda » a publié des documents sur ses actions militaires.
Par la suite, il a reçu des récompenses, y compris un ordre du chef de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, et a été promu au grade de général-major.
Parallèlement, dans la correspondance privée, des problèmes d’approvisionnement, des relations avec le personnel, des questions de commandement et des conflits internes dans l’armée ont été discutés. Les auteurs de l’enquête notent des signes de népotisme et de possible corruption.
Un journaliste ukrainien a tenté de contacter Demurchiev par téléphone. Le général a répondu à l’appel, mais a refusé de commenter les questions concernant le traitement des prisonniers de guerre.
Contexte international et perspective juridique
Du point de vue du droit humanitaire international, les actions décrites dans les documents publiés peuvent être qualifiées de crimes de guerre. Il s’agit de tortures et de mauvais traitements envers les prisonniers, ce qui est expressément interdit par les Conventions de Genève.
Les archives ne représentent pas une évaluation externe, mais des conversations privées de l’officier lui-même. C’est précisément cela qui renforce leur valeur probante dans l’espace public.
Dans ce contexte, НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency notent que de telles publications influencent non seulement la perception de la guerre en Ukraine, mais aussi les discussions internationales sur la responsabilité personnelle des commandants.
Les documents continuent d’être analysés par les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme. Leur publication soulève la question de savoir où se situe la frontière entre la cruauté individuelle et la pratique systémique dans les conditions d’un conflit prolongé.
Même à la quatrième année de la guerre, de tels témoignages démontrent que l’aspect informationnel du conflit reste tout aussi significatif que l’aspect militaire.
