L’Ukraine ramène au pays les figures du mouvement national du XXe siècle, mais Israël rappelle : la mémoire de l’Holocauste ne peut pas être un sujet secondaire. La réinhumation d’Andriy Melnyk près de Kiev est devenue une nouvelle épreuve pour le dialogue ukraino-israélien.
Israël a répondu vivement à Kiev : pourquoi la réinhumation d’Andriy Melnyk est-elle devenue une controverse sur la mémoire
Le ministère israélien des Affaires étrangères a exprimé une vive critique après la cérémonie officielle de réinhumation du leader de l’OUN Andriy Melnyk et de son épouse Sofia Fedak-Melnyk au cimetière militaire national près de Kiev.
Pour la partie ukrainienne, cet événement faisait partie du retour au pays des figures historiques du mouvement de libération nationale. Pour Israël et le monde juif, c’était un rappel douloureux des pages du XXe siècle où la lutte nationale croisait la collaboration avec l’Allemagne nazie.
Le 25 mai 2026, un message a été publié sur le site du président de l’Ukraine indiquant que Volodymyr Zelensky avait participé à la cérémonie de réinhumation d’Andriy Melnyk et de son épouse. Dans le cadre officiel ukrainien, la cérémonie a été présentée comme un retour sur la terre ukrainienne de personnes liées à la lutte pour l’indépendance et à la mémoire historique de l’État.
Mais presque immédiatement, une réaction est venue de Jérusalem. Le ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré qu’il regrettait la décision de tenir une cérémonie d’État pour la réinhumation du leader de l’OUN Andriy Melnyk, que le ministère israélien a qualifié de personne « ayant collaboré avec les nazis ». Dans la déclaration du ministère israélien des Affaires étrangères, on pouvait entendre la formule : « on ne peut ignorer la vérité historique et la mémoire des victimes tuées par les nazis et leurs complices ».
Pourquoi la réaction d’Israël a-t-elle été si sévère
Pour Israël, ce sujet n’est pas un simple désaccord diplomatique.
Il s’agit de la mémoire de l’Holocauste, des millions de Juifs tués et de la manière dont les États modernes traitent les figures dont la biographie est « liée » à des mouvements ayant collaboré avec l’Allemagne nazie.
Le complexe mémoriel Yad Vashem a également exprimé des critiques. Dans sa déclaration, il est dit que la réinhumation d’État d’Andriy Melnyk suscite « une sérieuse préoccupation ». Yad Vashem a souligné que « l’hommage rendu à un leader d’un mouvement qui a soutenu et collaboré avec l’Allemagne nazie pendant la persécution et le meurtre de millions de Juifs sape la base morale de la mémoire de l’Holocauste ».
C’est un moment important.
La réaction israélienne ne découle pas seulement de la politique actuelle. Elle repose sur un traumatisme historique qui reste une partie de l’identité nationale d’Israël et du peuple juif dans le monde entier.
L’Ukraine mène aujourd’hui une guerre contre l’agression russe et tente de restaurer son propre panthéon historique après des décennies de pression soviétique. Mais pour Jérusalem, il y a une limite qu’on ne peut pas effacer de la conversation simplement parce que l’Ukraine est en guerre. La mémoire de l’Holocauste pour Israël n’est pas un détail diplomatique secondaire, mais une base morale.
Deux cadres différents d’une même biographie
Andriy Melnyk est une figure qu’on ne peut expliquer en une seule phrase. Dans la mémoire historique ukrainienne, il est lié au mouvement national, à la lutte contre le pouvoir soviétique, à une ligne militaire et politique qui considérait l’indépendance de l’Ukraine comme l’objectif principal. Après la scission de l’Organisation des nationalistes ukrainiens, il a dirigé l’aile melnykiste de l’OUN.
Mais c’est précisément ici que commence le conflit de mémoire.
Pour l’optique juive et israélienne, l’OUN n’est pas seulement un mouvement antisoviétique. C’est aussi une organisation dont une partie de l’histoire est liée à la collaboration avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi les honneurs d’État rendus à l’un de ses leaders sont perçus en Israël non pas comme une affaire intérieure ukrainienne, mais comme une « question de responsabilité historique ».
La partie ukrainienne parle de lutte pour l’indépendance. La partie israélienne répond : la mémoire de la lutte pour l’indépendance ne peut pas « éclipser la mémoire des victimes des nazis et de leurs complices ».
Ukraine, Israël et le risque du piège russe
Pour le public israélien, ce sujet est particulièrement sensible. НАновости — Nouvelles d’Israël considère ces sujets non pas comme une dispute historique étrangère, mais comme une partie d’une grande conversation sur la manière dont l’Ukraine et Israël peuvent maintenir un dialogue allié sans taire les pages difficiles du passé.
Il est important ici de ne pas tomber dans le piège de la propagande russe. Le Kremlin tente depuis des années d’utiliser le thème du nationalisme ukrainien pour justifier l’agression contre l’Ukraine, effacer la réalité des crimes russes et remplacer la conversation sur la guerre par des clichés historiques pratiques. Cela ne rend pas la position russe honnête. La Russie mène elle-même une guerre de conquête, frappe les villes ukrainiennes, détruit des maisons et tue des civils.
Mais la propagande russe n’annule pas la complexité de la mémoire historique ukrainienne.
On ne peut pas permettre à Moscou de transformer toute discussion sur le passé de l’Ukraine en une arme contre l’État ukrainien. Cependant, on ne peut pas non plus faire semblant que les questions douloureuses n’existent pas. Surtout quand il s’agit de l’Holocauste, de la mémoire juive et des cérémonies d’État que le monde entier voit.
Pourquoi c’est important maintenant
L’Ukraine est dans une situation où elle doit renforcer son identité nationale, soutenir le front moral et ramener des noms qui ont été écartés pendant des décennies par la politique historique soviétique.
C’est compréhensible.
Mais Israël regarde ce processus à travers son propre traumatisme historique. Pour l’État juif, la question se pose autrement : peut-on honorer au niveau de l’État un leader d’un mouvement si ce mouvement est associé non seulement à la lutte contre l’URSS, mais aussi à la collaboration avec l’Allemagne nazie ?
La réponse de Jérusalem est maintenant évidente : on ne peut pas ignorer cette partie de l’histoire.
C’est pourquoi la réaction du ministère israélien des Affaires étrangères et de Yad Vashem a été si sévère. Elle s’adressait non seulement à Kiev, mais à tous ceux qui tentent de séparer le récit héroïque national de la mémoire des victimes de l’Holocauste. Pour Israël, une telle séparation est impossible.
Ce que cela signifie pour les relations entre Kiev et Jérusalem
Cet épisode ne détruira probablement pas les relations entre l’Ukraine et Israël.
Il reste des liens importants entre les deux pays : des communautés, des rapatriés d’Ukraine, la communauté ukrainienne d’Israël, des contacts humanitaires, une sensibilité commune aux menaces de la Russie et de l’Iran.
Mais le scandale montre que la mémoire historique reste une zone de risque. Même lorsque les pays ont des intérêts communs, même lorsque l’un d’eux se défend contre l’agression, la mémoire de l’Holocauste ne disparaît pas de l’agenda diplomatique.
Pour Kiev, c’est un signal : la politique de mémoire ukrainienne nécessite de la finesse, surtout là où elle croise l’histoire juive. Pour Israël, c’est un rappel que l’Ukraine traverse une guerre pour son existence tout en essayant de reconstruire son langage historique national.
Entre ces deux réalités, il n’y a pas de compromis simple. Mais il y a une nécessité de parler honnêtement.
Conclusion principale
L’Ukraine a le droit de récupérer sa propre histoire après des décennies de pression soviétique et russe. Mais lorsque l’hommage d’État concerne des figures liées à des mouvements ayant collaboré avec l’Allemagne nazie, Israël et Yad Vashem ne peuvent pas se taire.
Pour le monde juif, la mémoire de l’Holocauste n’est pas un détail politique ni un sujet de marchandage tactique. C’est une frontière morale.
C’est pourquoi la controverse autour d’Andriy Melnyk n’est pas simplement une discussion historique, mais un test pour savoir si l’Ukraine et Israël peuvent parler du passé sans propagande, sans silence et sans détruire le dialogue d’aujourd’hui.
НАновости — Nouvelles d’Israël continuera de suivre comment ce sujet évoluera, car pour le public israélien, la question de la mémoire de l’Holocauste, de l’Ukraine et du choix politique contemporain reste vivante et non archivistique.