L’idée que l’Ukraine a de nouveau besoin d’armes nucléaires était considérée comme taboue il y a quelques années. Aujourd’hui, elle est de plus en plus souvent évoquée non pas sur des plateformes marginales, mais dans des cercles d’experts — y compris en Israël. L’officier de l’Armée de défense d’Israël et analyste militaire Igal Levin formule cette position sans euphémismes diplomatiques : il ne s’agit pas d’attaque, mais de survie.
Pendant des décennies, une dangereuse illusion a été imposée à l’Ukraine. Le renoncement à une véritable puissance militaire pourrait soi-disant être compensé par des « garanties de sécurité ». En 1994, le Mémorandum de Budapest est devenu un tel symbole. Il promettait la souveraineté en échange du désarmement nucléaire. En 2014, il est apparu que ce document ne fonctionnait pas. En 2022, il est devenu évident que le prix de la naïveté stratégique se mesure non pas en pertes politiques, mais en vies humaines.
Le point de vue israélien est ici dépourvu de sentiments. Levin dit clairement : il est temps d’arrêter de voir l’avenir de l’Ukraine à travers les lunettes roses de la diplomatie occidentale. Le seul facteur à long terme capable d’arrêter la destruction du pays est son propre potentiel de dissuasion nucléaire.
Le principal contre-argument, qui est entendu depuis des années, est la « protection américaine ». Mais si l’on met de côté les slogans, le tableau est différent. La Maison Blanche n’a pas l’intention d’entrer en guerre directe avec la Russie. Washington fournira des armes, partagera des renseignements, imposera des sanctions. Mais il ne risquera pas New York ou Chicago pour Kiev ou Kharkiv.
Pour les États-Unis, l’Ukraine est un intérêt important.
Pour Vladimir Poutine, c’est une obsession existentielle.
Dans cette asymétrie de volonté, la Russie aura toujours un avantage dans l’escalade tant qu’elle conservera le monopole nucléaire dans la région. Ce n’est pas de l’idéologie, mais la froide logique de la dissuasion stratégique.
Il y a aussi un autre facteur dont on parle rarement à voix haute. Les démocraties sont par nature instables à long terme. Même si une administration jure de soutenir l’Ukraine « aussi longtemps que nécessaire », personne ne peut garantir la même ligne dans cinq ou dix ans. La politique américaine change, les voix isolationnistes se renforcent, l’attention se déplace facilement vers l’Asie ou les crises internes.
Au Kremlin, on pense différemment. Là-bas, les plans se construisent sur des décennies. Poutine ou son successeur peuvent simplement attendre que la patience de l’Occident s’épuise.
Levin formule cela de manière extrêmement dure : lorsqu’un État n’a pas la capacité indépendante de se défendre, il cesse d’être souverain. Il devient otage de la bonne volonté d’autrui.
Dans cette logique, l’arsenal nucléaire ukrainien n’est pas une arme de guerre, mais un instrument de prévention. Il crée une symétrie de la peur. Si à Moscou, on comprend qu’une nouvelle invasion signifie une menace directe pour leur propre existence, la capture de Kiev cesse d’être une « opération » et devient une impasse stratégique.
Le monde, sans aucun doute, sera indigné par la « prolifération des armes nucléaires ». Mais, comme le souligne Levin, c’est précisément l’Occident qui a acculé l’Ukraine dans ce coin. En privant le pays d’une véritable protection, il a perdu le droit moral de condamner sa recherche de la seule assurance qui fonctionne.
La paix ne vient pas des sommets à Bruxelles et ne naît pas de déclarations creuses à Washington. La paix n’est possible que lorsque la Russie réalise que franchir la frontière a un coût irréversible pour toutes les parties.
C’est pourquoi la discussion sur la dissuasion nucléaire de l’Ukraine cesse d’être théorique et devient une partie de la géopolitique réelle — suivie de près par NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency.
