Les manifestations antigouvernementales en Iran, les plus importantes depuis 2022, se poursuivent depuis plusieurs jours et dépassent les habituelles flambées de mécontentement. Donald Trump a publiquement déclaré la possibilité d’une intervention des États-Unis en cas d’utilisation de la force contre les manifestants. En réponse, l’entourage du leader suprême de l’Iran, Ali Khamenei, avertit du risque de déstabilisation massive de toute la région.
Cette rhétorique souligne qu’il ne s’agit pas seulement de troubles internes, mais aussi d’un point de convergence entre la crise interne et la pression externe.
L’économie comme déclencheur
La principale raison des manifestations est la chute brutale du niveau de vie. L’effondrement du rial a privé de revenus et d’économies les couches de la population qui étaient encore récemment considérées comme le soutien social du régime. C’est un changement qualitatif : non seulement les groupes traditionnellement mécontents protestent, mais aussi les personnes auparavant orientées vers la stabilité à tout prix.
Cependant, les attentes d’un effondrement rapide du pouvoir ne se sont pas réalisées. Au lieu d’une explosion révolutionnaire, une autre dynamique s’est manifestée — une lente et pénible prise de conscience de la défaite systémique. Les manifestations ne se radicalisent pas tant qu’elles s’élargissent et s’approfondissent sur la base sociale.
Qui les Iraniens blâment-ils
Au sein de la société iranienne, il n’y a pas d’explication unique à ce qui se passe. Certains tiennent le Corps des Gardiens de la Révolution islamique pour responsable, l’accusant de militariser l’économie et de mener des aventures en politique étrangère. D’autres considèrent les politiciens modérés — y compris le président Masoud Pezeshkian — comme responsables de leur incapacité à changer de cap.
Il y a aussi ceux qui pointent directement Ali Khamenei ou le modèle même de gouvernance islamique comme source de la crise. La palette des opinions est extrêmement large, et c’est précisément cela qui devient un problème : la société critique, mais ne formule pas de projet alternatif unique.
La question clé reste sans réponse — si ce n’est pas un État islamique, alors quoi à la place ?
Faiblesse de l’opposition et limites du dialogue
L’opposition iranienne reste divisée et institutionnellement faible. Les tentatives de créer un front uni échouent régulièrement, ce qui réduit la probabilité d’un changement politique rapide. Dans ce contexte, Pezeshkian tente de dialoguer avec la société, ce qui le distingue nettement de ses prédécesseurs.
Cependant, cette approche est sur le fil du rasoir. Pour une partie de la population, cela ressemble à une chance de changements évolutifs. Pour les élites conservatrices, c’est une manifestation de faiblesse susceptible de saper les fondements du système.
« Velayat-e faqih » comme nœud systémique
Le principe de « velayat-e faqih » est le pilier clé du modèle politique iranien. Le leader religieux suprême contrôle non seulement la sphère spirituelle, mais aussi la politique étrangère, l’armée, les services secrets et les décisions stratégiques de l’État. Ce principe a été inscrit dans la Constitution après la révolution de 1979 et reste le fondement de la théocratie.
Le scénario de changements sérieux est directement lié à la figure de Khamenei. En cas de son départ, une révision de la structure même du pouvoir est possible, si les élites concluent que le « velayat-e faqih » est devenu un frein à la survie du régime. Ce n’est pas une fatalité, mais ce n’est pas non plus de la science-fiction.
Pression extérieure et facteur israélien
La situation est aggravée par le contexte extérieur. Israël mène systématiquement contre l’Iran des opérations d’information, cybernétiques et psychologiques, et la menace d’une escalade militaire directe reste réelle — surtout dans la première moitié de 2026.
Pour Benjamin Netanyahu, le calendrier politique intérieur est également important : le facteur des élections peut influencer la fermeté des décisions. En ce sens, la crise iranienne cesse d’être exclusivement une affaire interne de Téhéran.
Trump et le risque d’effet inverse
Les déclarations de Donald Trump sur une possible intervention des États-Unis peuvent jouer un double rôle. D’une part, c’est un signal de soutien aux manifestants. D’autre part, en Iran, de telles menaces sont souvent perçues comme une humiliation de la dignité nationale, ce qui peut consolider une partie de la société autour du régime.
Pezeshkian tente d’éviter ce scénario, misant sur le dialogue interne et la réduction du degré de confrontation. Mais c’est précisément cette approche qui peut provoquer une réaction sévère de la part des conservateurs radicaux.
Fenêtre d’incertitude
L’Iran se trouve aujourd’hui dans une rare coïncidence de facteurs de pression internes et externes. La crise économique, la perte du sentiment de sécurité, les menaces régionales et l’érosion de la légitimité du pouvoir augmentent la probabilité de changements.
Cependant, la société iranienne reste hétérogène, et les scénarios de développement sont extrêmement risqués. Il n’y a pas de solutions rapides, et tout mouvement brusque peut conduire non pas à des réformes, mais à une nouvelle phase d’instabilité.
Contexte d’expertise
L’analyse de l’auteur repose sur les évaluations de l’orientaliste et politologue Igor Semivolos — directeur exécutif du Centre d’études moyen-orientales, spécialiste de l’histoire et de l’anthropologie culturelle de la région.
C’est précisément dans cet enchevêtrement complexe de crises internes et de politique régionale que la situation en Iran est examinée aujourd’hui — et son évolution est suivie de près par NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency.