15 janvier 2026, le journal israélien The Jerusalem Post a publié (en anglais) un reportage du journaliste Michael Starr sur les soldats juifs qui continuent de combattre dans l’armée ukrainienne, alors que « l’attention du public mondial se tourne de plus en plus vers d’autres crises » – original.
L’idée principale de l’article est simple et dure : même si l’agenda médiatique change, la guerre de la Russie contre l’Ukraine ne s’est pas arrêtée une seule saison, et les Juifs d’Ukraine restent parmi ceux qui « tiennent la ligne » depuis 2022, passant d’hiver en hiver.
Commandant de drones de reconnaissance de Mykolaïv : « combattre pour son pays »
L’un des principaux protagonistes du reportage est Moshe Bizsemov, commandant d’un petit groupe de drones de reconnaissance. Il sert dans l’armée ukrainienne depuis 2018 et a connu la phase des combats souvent associée en Ukraine à la guerre dans le Donbass après 2014. Bizsemov est un habitant de Mykolaïv, père de deux enfants, et devait terminer son service en avril 2022, c’est-à-dire peu après le début de l’invasion à grande échelle.
Cependant, les circonstances ont évolué différemment. Au moment où son unité a été attaquée, Bizsemov était en train de quitter l’armée. Beaucoup de ses soldats ont été capturés à Marioupol, et, comme le souligne l’article, sept d’entre eux n’avaient pas encore été libérés au moment de la publication. Il a prolongé son contrat et est resté en service. À la question sur sa motivation, la réponse est extrêmement brève : « combattre pour son pays ».
Le reportage souligne un autre détail : Bizsemov a été blessé au début de la guerre et avait des raisons de quitter le service avec un congé honorable. Au lieu de cela, il a continué à travailler précisément dans la reconnaissance par drones — là où le prix de l’erreur se mesure non pas en statistiques, mais en vies humaines sur le terrain.
Conducteur de BMP et « l’homme qui s’est arrêté » : l’histoire d’André Tchernetsky
La deuxième figure est André Tchernetsky, conducteur de véhicule blindé (BMP). Le texte indique qu’il sert depuis le 22 mars (l’année n’est pas précisée dans l’article) et a traversé certains des épisodes les plus sanglants de la guerre, y compris Bakhmout. Tchernetsky y a combattu deux fois, et selon lui, une rotation a duré sept mois.
Le passage le plus fort du reportage est l’épisode que Tchernetsky raconte comme une illustration du choix fait « au cœur de la guerre ». En revenant de la direction de Bakhmout et se trouvant déjà à environ un kilomètre de la zone de sécurité, il a remarqué un soldat ukrainien coincé sous les débris dans un bâtiment détruit. Selon le protocole, le véhicule blindé ne doit pas s’arrêter : le risque est trop élevé pour l’équipage et le matériel. Tchernetsky s’est arrêté.
Il est sorti, a bandé la blessure, puis a pratiquement amputé le membre détruit qui retenait le soldat sous les décombres, après quoi son équipe a chargé le blessé dans le véhicule blindé. L’article souligne : par cet acte, il a mis en danger lui-même et ses hommes, mais il estimait que sinon le soldat « aurait été laissé derrière », et qu’on l’aurait presque certainement oublié.
Tchernetsky parle de son identité juive de manière directe et sans embellissement. Il ne cachait pas qu’il était juif et considérait cela comme faisant partie du service : « si tu représentes un peuple, tu dois maintenir la barre plus haut ». Il note qu’il a été blessé trois fois et explique pourquoi il continue de combattre : pour que personne ne puisse dire que les Juifs ne se battent pas.
Tout le monde n’est pas au front — et c’est aussi une partie de la vérité
Dans le texte de Jerusalem Post, il n’y a pas de romantisation. Il est dit clairement : comme parmi les autres citoyens ukrainiens, parmi les Juifs, il y avait ceux qui ne sont pas allés combattre — qui se cachaient chez eux, craignant la mobilisation, ou tentaient d’éviter l’appel. L’un des leaders juifs exprime des regrets à propos de cette réalité, mais d’autres représentants des communautés soulignent : il y a beaucoup de soldats, mais il est difficile de donner un chiffre exact.
La raison réside dans la structure de la communauté et de la société. Certains sont activement impliqués dans la vie juive et sont visibles, tandis que d’autres vivent en dehors des cadres communautaires, et même les personnes qui « gardent habituellement le pouls » peuvent ne pas être au courant de leur service.
Le prix de la guerre : morts, blessés, retour et mort en position
Le reportage énumère des cas concrets de pertes parmi les combattants juifs. L’un d’eux est Tsvi-Hirsh (Grisha) Zvergazda, cuisinier et père de deux enfants. Il est mort en juin sur le front de Kherson. L’article mentionne son rêve — ouvrir un restaurant casher à Odessa et obtenir un jour une étoile Michelin.
Presque à la même période, Andrei Korovsky, enseignant de 32 ans à l’école Habad, est décédé. Il était opérateur de drone, était revenu au service après une blessure de guerre et est mort au front d’une crise cardiaque. Dans ce passage, le côté « arrière » de la guerre est particulièrement visible : même lorsque quelqu’un ne meurt pas d’une balle ou d’un éclat, la guerre continue de détruire le corps.
Un autre héros est Maksim Nelipa, acteur et présentateur de télévision ukrainien de 44 ans. L’article indique qu’il a quitté la télévision au début de l’invasion et est allé combattre, et qu’il a été tué au combat en mai. Un détail particulier renforce le lien Ukraine-Israël : selon la Fédération des communautés juives d’Ukraine, le fils de Nelipa combattait à ce moment-là dans la brigade « Golani » à Gaza et a reçu la nouvelle de la mort de son père directement en service.
Combien sont-ils : estimation des pertes et ampleur de la participation
Il n’y a pas de « statistiques juives » officielles pour l’armée ukrainienne, et le reportage souligne que les chiffres varient. Mais une estimation des représentants juifs est donnée : depuis 2022, le nombre de citoyens juifs d’Ukraine morts à la guerre pourrait être de 100 à 200 personnes, et rien que l’année dernière, des dizaines sont morts. Dans ce contexte, une autre estimation est donnée : actuellement, il y a environ deux fois plus de Juifs servant dans l’armée que le nombre de ceux qui sont déjà morts.
Ce n’est pas de la comptabilité ni une dispute sur les chiffres. C’est plutôt un marqueur indiquant qu’il ne s’agit pas d’histoires isolées, mais d’une couche notable de la société qui paie le même prix de la guerre que les autres.
Rôle des communautés : funérailles, aide aux familles, aumônier en première ligne
Un bloc important du reportage concerne la manière dont les structures juives en Ukraine prennent en charge ce qui, en temps de paix, serait considéré comme allant de soi. La Fédération des communautés juives d’Ukraine (FJCU) rapporte qu’elle aide à organiser des funérailles juives avec les émissaires de Habad, soutient financièrement les familles et organise des prières et la lecture du Kaddish pour les défunts.
L’article mentionne également le volontaire juif hongrois Binyamin Asher — un exemple de la manière dont la guerre attire en Ukraine des personnes de l’étranger, et la question d’un enterrement digne devient une partie du travail humanitaire.
Le travail de l’aumônier militaire, le rabbin-lieutenant Yakov Sinyakov, lié à la FJCU, est décrit séparément. Il se rend dans les tranchées, apporte aux soldats des douceurs « goût de la maison », distribue des livres de psaumes à ceux qui le demandent, parle avec les recrues qui voient le front pour la première fois et ne parviennent pas toujours à faire face psychologiquement. Sinyakov a une maîtrise en psychologie, et l’article souligne qu’il sait « se connecter » aux gens non pas par des slogans, mais par une conversation humaine.
Il y a aussi sa réflexion expliquant la complexité morale de la guerre : certains soldats ont du mal à accepter l’idée même de tuer, mais dans la « réalité du mal », selon lui, la défense de la famille et du pays rend ce choix inévitable.
Pourquoi c’est important pour Israël
Le reportage contient une phrase de remerciement à Israël pour avoir accueilli les réfugiés ukrainiens au début de la guerre. Mais le sens clé est plus large : pour le public israélien, l’Ukraine devient de plus en plus un « sujet extérieur », alors que pour les personnes au front, c’est une question de vie ou de mort, sans pauses pour le changement de cycle d’actualités.
L’histoire des combattants juifs des forces armées ukrainiennes concerne à la fois l’Ukraine et Israël : la mémoire commune, la réaction à la violence, les liens familiaux qui se retrouvent de part et d’autre des fronts et des frontières, et la manière dont la guerre déchire la « vie ordinaire » dans les points les plus inattendus — de Mykolaïv et Kherson à Holon et les bases de Tsahal.
C’est pourquoi de tels textes sont importants non pas comme un geste émotionnel, mais comme un document du temps : des noms, des faits, des paroles directes de personnes qui combattent, enterrent, reviennent après des blessures et repartent en position. Dans l’agenda israélien russophone, cette couche de réalité doit rester visible — et c’est précisément pour cela que NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency travaille.
Original du 15 janvier 2026 The Jerusalem Post (en anglais) reportage du journaliste Michael Starr :
https://www.jpost.com/international/internationalrussia-ukraine-war/article-883460