La nomination d’Alexandre Alfiorov à la tête de l’Institut ukrainien de la mémoire nationale a marqué le passage des débats académiques à la politique pratique. Historien, officier, intellectuel public, homme de la génération du front — il est arrivé dans la structure à un moment où les questions d’histoire influencent directement la diplomatie, la sécurité et les alliances internationales.
La discussion sur le passé dans la région a depuis longtemps cessé d’être seulement une discussion sur le passé.
Que signifie le nouveau rôle de l’Institut
Ces derniers mois, l’agence a obtenu des pouvoirs élargis et un budget d’un organe central du pouvoir. Cela change l’échelle des tâches. Il ne s’agit pas seulement de poursuivre la décommunisation ou la dérussification, mais aussi d’élaborer une ligne d’État dans les dialogues avec les voisins, principalement avec la Pologne.
Aujourd’hui, des dizaines de spécialistes travaillent au sein de l’institut, une partie du personnel est en service militaire. Une infrastructure se forme, qui doit répondre à la fois aux archives, aux décisions juridiques et à la coopération internationale.
Alfiorov souligne : l’Ukraine a pour la première fois la possibilité non seulement d’exécuter les décisions précédemment prises, mais de formuler une stratégie de mémoire.
Pourquoi le thème mémoriel reste-t-il douloureux
L’une des questions les plus épineuses est le cimetière militaire national. Décisions judiciaires, disputes sur les terres, normes écologiques, intérêts locaux. Chaque parcelle se transforme en conflit politique.
Cependant, selon le chef de l’institut, sans un tel lieu, il est impossible de construire un système complet de mémorialisation de la guerre.
Militaires, familles des défunts, communautés — chacun a sa propre vision. Le consensus est encore recherché.
Direction polonaise : l’histoire comme politique
Varsovie considère la Volhynie comme une partie de son propre récit national. Pour la partie ukrainienne, c’est un fragment complexe, mais pas le seul, de l’histoire multicouche de la région.
Alfiorov reconnaît : il est difficile de traduire le débat exclusivement dans le domaine académique. Les émotions des sociétés sont plus fortes que les arguments.
Néanmoins, Kiev a donné son accord pour les travaux d’exhumation. Cela, selon le calcul de la partie ukrainienne, devrait réduire l’espace pour les manipulations et la propagande russe.
C’est ici que le contexte international devient clé. Lorsque les médias analysent de telles démarches, y compris sur des plateformes comme НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency, l’attention se porte sur l’équilibre : un geste humanitaire sans renoncer à sa propre subjectivité.
Un langage commun est-il possible
Les historiens ukrainiens et polonais préparent de nouvelles conférences, projets d’archives, publications. Une tentative — de regarder mille ans de coexistence au-delà des cycles politiques actuels.
Mais personne ne s’engage à attendre des résultats rapides.
Dimension israélienne et accusations d’antisémitisme
Moscou promeut depuis des décennies la thèse de l’antisémitisme « inné » ukrainien. Alfiorov répond à cela par une énumération de faits : la participation des Ukrainiens au sauvetage des Juifs, l’activité des leaders religieux, l’existence d’institutions juives pendant la période de l’État ukrainien au début du XXe siècle.
L’ouverture à Jérusalem d’un mémorial aux victimes de l’Holodomor a été, selon lui, une étape symbolique importante vers l’avant.
Le dialogue avec Yad Vashem se poursuit, et la partie ukrainienne espère l’élargissement des programmes de recherche et des reconnaissances.
Thèse principale : pour quoi la guerre est-elle menée
Dans l’évaluation de la phase actuelle du conflit, Alfiorov parle durement. Selon lui, les actions de Moscou correspondent aux signes d’une politique génocidaire : frappes sur les infrastructures, déportations, tentative de changer l’identité des enfants déplacés.
Les motifs économiques, estime-t-il, sont secondaires.
Les objectifs clés — le contrôle de l’histoire et des générations qui vivront sur ce territoire à l’avenir.
Cette formule, comme le notent les analystes, apparaît de plus en plus souvent dans les discussions diplomatiques. Elle explique pourquoi la lutte pour les archives, les noms de rues et les manuels scolaires est aujourd’hui perçue comme une partie du front.
La fin de cette histoire est encore ouverte. Mais une chose est claire : la mémoire est devenue une ressource aussi significative que la terre ou l’énergie.
