NAnews – Nikk.Agency Actualités Israël

Il y a des sujets où le débat ne commence pas par des faits, mais par une substitution. Il suffit de dire que le « Régiment Immortel » dans sa forme actuelle est devenu une partie de la propagande d’État russe, et immédiatement une accusation commode apparaît : donc, vous êtes contre la mémoire des morts.

Mais c’est un faux débat.

La question n’est pas de savoir s’il est possible de se souvenir des grands-pères, grands-mères, parents, soldats, partisans, prisonniers, morts et survivants. Non seulement c’est possible, mais c’est nécessaire de s’en souvenir. La question est autre : peut-on prendre la mémoire familiale personnelle, la soumettre à un scénario d’État, l’entourer de symboles militaires, de slogans sur la « répétition » de la guerre, de portraits de dictateurs et utiliser tout cela comme couverture morale pour une nouvelle agression.

C’est ici que passe la frontière.

Mémoire — oui.

Culte de la guerre — non.

Portraits des proches — oui.

Utilisation des morts pour justifier de nouvelles morts — non.

De la mémoire familiale au rituel d’État

Comment l’histoire personnelle est devenue une partie de la machine politique

Lorsque le « Régiment Immortel » a commencé à gagner en notoriété, beaucoup le considéraient comme une forme naturelle et même touchante de mémoire familiale. Les gens sortaient avec des photos de leurs proches qui avaient traversé la Seconde Guerre mondiale, morts au front, décédés de leurs blessures, ayant survécu à l’occupation, au blocus, aux camps, à l’évacuation, à la famine et à la dévastation d’après-guerre.

Il n’y avait rien de honteux là-dedans. De plus, l’idée même de ramener des visages concrets dans l’histoire de la grande guerre pouvait être profonde et humaine.

Car les parades d’État parlent toujours le langage de la technique, des drapeaux, des généraux et des dates. La mémoire familiale parle autrement : voici mon grand-père, voici ma grand-mère, voici une personne qui n’est pas revenue, voici une personne qui est revenue mais qui est restée silencieuse toute sa vie sur ce qu’elle a vu. Une telle mémoire ne nécessite pas de slogans bruyants. Elle repose sur une photo, un nom, une histoire familiale et une pause.

Mais ces dernières années, le « Régiment Immortel » est de moins en moins perçu comme une initiative citoyenne spontanée et de plus en plus comme un élément de la politique d’État de la Fédération de Russie.

Les événements sous cette marque ne ressemblent plus à de simples actions spontanées de mémoire. Leur organisation, leur symbolique, leurs itinéraires, leurs scénarios publics et leur accompagnement informationnel sont de plus en plus liés à des structures russes officielles et semi-officielles : représentations diplomatiques, « Maisons russes », Société d’histoire militaire russe, réseaux comme les « Volontaires de la Victoire », organisations culturelles prorusses et structures d’influence parmi la diaspora « russophone ».

C’est ce passage qui change le sens de ce qui se passe.

Quand une personne garde chez elle la photo de son grand-père — c’est de la mémoire familiale.

Quand une personne va au cimetière, allume une bougie, récite le kaddish, se tait devant la tombe ou raconte aux enfants l’histoire de la famille — c’est de la mémoire.

Mais quand les portraits des morts sont intégrés dans un rituel d’État d’un pays qui mène aujourd’hui une guerre agressive contre l’Ukraine, aide son allié l’Iran et d’autres terroristes, détruit des villes, occupe des territoires et appelle en même temps sa guerre « lutte contre le nazisme », la mémoire cesse d’être seulement de la mémoire. Elle devient une ressource politique.

Pourquoi la symbolique change le sens

On ne peut pas considérer le « Régiment Immortel » séparément du langage visuel qui l’entoure.

L’uniforme soviétique, les drapeaux russes, les rubans de Saint-Georges, les chansons militaires, les portraits de Staline, les slogans « nous pouvons répéter », les enfants en casquettes et tuniques — tout cela n’est plus des éléments neutres. Dans le contexte moderne, ils ne fonctionnent pas comme un langage de deuil, mais comme un langage de mobilisation.

La formule « nous pouvons répéter » est particulièrement dangereuse.

S’il s’agit de la Seconde Guerre mondiale, de l’Holocauste, des villes détruites, des millions de morts, des blocus, des déportations, des exécutions de masse et des camps de la mort, alors la réaction morale normale devrait être différente : on ne peut pas répéter. Jamais plus – « Never Again ». Jamais plus. Ni contre nous, ni contre les autres.

« Nous pouvons répéter » ne sonne pas comme une mémoire de la tragédie, mais comme une volonté de replonger dans la catastrophe, de refaire de la guerre une norme, de transformer à nouveau la vie humaine en matériel consommable de l’État.

C’est là que réside la principale substitution.

La Seconde Guerre mondiale n’était pas seulement une victoire militaire. C’était une terrible catastrophe humaine. Des millions de morts. Des villes détruites. Des villages brûlés. Des ghettos. Des exécutions de masse. Des camps de concentration. Des déportations. La famine. Des générations traumatisées qui ont vécu pendant des décennies avec ce qu’elles ne pouvaient même pas raconter à leurs enfants.

Les victimes du nazisme et du stalinisme étaient des personnes de différentes nationalités : juifs, Ukrainiens, Polonais, Biélorusses, Russes, Lituaniens, Lettons, Arméniens, Géorgiens, Moldaves, peuples d’Europe, peuples du Caucase, peuples d’Asie centrale et bien d’autres.

Personne n’a le monopole de cette mémoire.

C’est pourquoi la tentative du Kremlin de présenter la Victoire comme une propriété presque exclusive de la Russie moderne n’est pas seulement une manipulation politique. C’est une falsification historique et un manque de respect envers la contribution des autres peuples.

Le Kremlin s’approprie non seulement la Victoire, mais aussi le deuil

La propagande russe essaie depuis longtemps de privatiser l’année 1945. Mais aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de s’approprier la Victoire. Le Kremlin tente de s’approprier le deuil lui-même.

Il se désigne comme le principal gestionnaire de la mémoire. Il décide qui « se souvient correctement » et qui prétendument « trahit la mémoire ». Il transforme le désaccord avec la politique moderne de la Russie en « russophobie », « fascisme » ou « insulte aux vétérans ».

C’est un schéma très pratique.

Si la mémoire appartient uniquement au Kremlin, alors toute objection à sa guerre peut être déclarée comme une attaque contre la Victoire. Si l’armée russe prétendument hérite de l’armée de 1945, alors toute nouvelle agression reçoit un faux halo de légitimité historique. Si l’Ukraine est déclarée « nazie » simplement parce qu’elle résiste à l’invasion russe, alors la guerre contre elle est présentée non pas comme une agression, mais comme une continuation de la « Grande Guerre patriotique ».

C’est ainsi que l’histoire devient une arme.

La guerre à grande échelle contre l’Ukraine depuis 2022 a été intégrée par le Kremlin dans la rhétorique de la « lutte contre le nazisme ». Ce n’est pas une formule de propagande accidentelle, mais une partie centrale de la mythologie militaire russe. La victoire passée est utilisée pour créer l’illusion d’un droit moral à de nouvelles guerres.

Mais la victoire sur un mal ne donne pas le droit de devenir la source d’un nouveau mal.

Aucune mémoire de l’année 1945 ne justifie la destruction de Marioupol, Bakhmout, Avdiivka, Kharkiv, Kherson, Dnipro, Odessa, Kiev et d’autres villes ukrainiennes. Aucune photo d’un vétéran ne peut être une autorisation morale pour de nouvelles occupations, de nouvelles roquettes, de nouvelles fosses communes et de nouveaux enterrements.

Actions à l’étranger comme image pour Moscou

Une question distincte — le « Régiment Immortel » en dehors de la Russie.

Pour certains participants, cela peut rester un geste personnel. Quelqu’un vient vraiment avec une photo de son père, grand-père ou grand-mère. Quelqu’un veut se souvenir de l’histoire familiale. Quelqu’un a grandi dans la tradition soviétique du « 9 mai » et ne réalise pas toujours à quel point le contexte politique a changé après l’agression russe contre l’Ukraine.

Mais la machine politique fonctionne autrement.

Les marches de masse à l’étranger sont utilisées comme preuve visuelle d’un prétendu large soutien international à la Russie. Les photos et vidéos vivent ensuite leur propre vie : elles sont montrées au public russe, utilisées sur les réseaux sociaux, insérées dans des récits de propagande, transformées en argument : regardez, nous sommes soutenus en Europe, en Israël, en Amérique et parmi la diaspora.

Ainsi, une personne vient avec sa mémoire, et la machine d’État emporte de l’événement une image de propagande.

C’est particulièrement cynique parce que la douleur personnelle des participants peut être sincère. Le problème n’est pas la grand-mère avec la photo de son père mort. Le problème est l’État qui place cette photo aux côtés des slogans de la nouvelle guerre.

Quand le deuil devient une arme

Parallèles historiques : pas une copie, mais un mécanisme

La transformation de la mémoire en instrument politique a des parallèles historiques. Il est important de les aborder avec prudence : non pas pour dire que toutes les situations sont identiques, mais pour montrer un mécanisme commun.

Après la Première Guerre mondiale, l’Italie fasciste a transformé la mémoire des morts en culte du sacrifice héroïque. Le deuil des morts a progressivement été subordonné à l’idée de mobilisation nationale, de discipline, de force et de préparation à de nouvelles guerres. Les morts devenaient non seulement un objet de mémoire, mais aussi un argument en faveur d’une future agression.

En Allemagne nazie, le traumatisme de la défaite de la Première Guerre mondiale, le mythe de la « trahison à l’arrière » et le sentiment d’humiliation nationale sont devenus le carburant du revanchisme. La mémoire de la guerre passée n’était pas utilisée comme un avertissement contre une nouvelle catastrophe, mais comme une base émotionnelle pour celle-ci.

En France, le régime de Vichy a utilisé la figure du maréchal Pétain, héros de Verdun, pour légitimer un nouvel ordre autoritaire. La gloire militaire du passé aidait à masquer la capitulation politique et la collaboration avec l’Allemagne nazie.

Au Japon, le sanctuaire Yasukuni est devenu un exemple de la façon dont un lieu de mémoire peut se transformer en symbole politique, si avec les soldats morts y sont honorés des criminels de guerre condamnés. Pour la Chine et la Corée du Sud, ce n’est pas simplement un rituel japonais interne, mais un signe d’une attitude dangereuse envers le militarisme passé.

Dans tous ces cas, il s’agit d’un mécanisme similaire : le deuil est transformé en culte, le culte en mobilisation, la mobilisation en justification d’une nouvelle politique.

C’est pourquoi il est important de regarder non seulement les mots « nous nous souvenons », mais aussi ce qui se tient à côté de cette mémoire. Si à côté apparaissent des slogans de force, de revanche, un culte de l’armée, des enfants en uniforme et une justification de l’agression moderne, cela signifie que la mémoire est déjà utilisée non pour avertir, mais pour préparer la société à une nouvelle norme de guerre.

Portraits des morts : où passe la frontière juive et éthique

Il convient de dire séparément sur le port des portraits des morts.

En soi, ce n’est pas quelque chose d’interdit ou d’immoral. Si une personne porte la photo de son proche comme un signe personnel de mémoire, cela peut être une forme digne de commémoration. Dans la tradition juive, la mémoire des morts occupe une place importante : yahrzeit, kaddish, bougie commémorative, visite de la tombe, tsedaka et bonnes actions en faveur du défunt.

Mais ici encore, le contexte est important.

Le portrait du défunt ne doit pas se transformer en culte du défunt, en icône politique ou en partie d’une adoration de masse de l’État. Le défunt ne peut pas donner son consentement pour que son visage soit porté à côté des slogans « nous pouvons répéter », des drapeaux russes, des portraits de Staline ou de la symbolique d’un État qui mène aujourd’hui une nouvelle guerre.

Dans le judaïsme, il y a le concept de la dignité du défunt — kavod ha-met. Cela exige du respect, de la retenue et de la vérité. Une personne décédée ne doit pas devenir un instrument d’une campagne politique étrangère.

C’est pourquoi la formule peut être très simple.

Le judaïsme n’interdit pas le portrait comme signe de mémoire. Mais le judaïsme n’accepte pas la transformation du portrait du défunt en arme politique.

La mémoire des morts ne peut pas être utilisée comme autorisation pour de nouvelles morts.

Judaïsme : la mémoire doit conduire à la responsabilité

Du point de vue de la tradition juive, la mémoire n’est pas un rituel décoratif ni un culte de la force. C’est une obligation morale.

La mémoire juive de l’Exode d’Égypte n’est pas donnée pour glorifier le pouvoir ou la victoire pour la victoire. Elle ramène constamment à une conclusion morale : tu étais toi-même esclave, tu étais toi-même étranger, tu étais toi-même sans droits — donc, n’opprime pas l’autre.

Cela diffère fondamentalement de la logique impériale de la mémoire.

L’empire dit : nous avons souffert, donc maintenant nous avons le droit.

Le judaïsme dit autrement : tu te souviens de la souffrance, donc tu es obligé d’être plus prudent avec le pouvoir, la violence et l’humiliation de l’autre.

Bien sûr, le judaïsme n’est pas un pacifisme absolu. La protection de la vie est permise et obligatoire. Dans la tradition juive, il y a une place pour l’autodéfense, l’armée, la protection de la communauté et de l’État. Israël en tant qu’État existe dans une réalité où la sécurité n’est pas une abstraction.

Mais entre la protection de la vie et le culte de la guerre, il y a une énorme différence.

La protection de la vie — c’est un devoir.

La romantisation de la guerre — c’est un danger.

La mémoire des morts — c’est un devoir.

L’utilisation des morts pour justifier de nouvelles morts — c’est une distorsion morale.

Du point de vue de la tradition juive, la mémoire de la guerre doit être un acte de tremblement, de responsabilité et de vérité. Si la mémoire est transformée en culte de la force, en spectacle politique et en justification d’une nouvelle agression, elle cesse d’être de la mémoire et devient une idolâtrie devant l’État, l’armée et la violence.

Pour Israël, c’est particulièrement sensible.

La mémoire de la Seconde Guerre mondiale ici est indissociable de la mémoire de l’Holocauste. Et la mémoire juive de l’Holocauste ne se construit pas sur le slogan « nous pouvons répéter », mais sur la formule « jamais plus ».

Et « jamais plus » ne doit pas signifier seulement « jamais contre nous ». Dans un sens moral, c’est un avertissement contre la déshumanisation, la violence de masse, le mensonge impérial, les déportations, la destruction des villes et la transformation des gens en matériel pour les objectifs de l’État.

Pour la mémoire juive, la leçon principale de la guerre n’est pas « nous pouvons répéter », mais « on ne peut pas répéter ».

Enfants en uniforme : mémoire ou répétition de loyauté

C’est particulièrement inquiétant lorsque de tels rituels impliquent des enfants.

Un enfant en uniforme militaire lors d’une action de mémoire semble impressionnant pour la caméra. Mais la question est de savoir quel sens lui est transmis. Apprend-il le prix de la guerre, la peur, la faim, les morts, l’Holocauste, les familles détruites ? Ou lui propose-t-on de jouer le rôle d’un petit soldat dans une belle mise en scène historique ?

Si on donne à l’enfant une casquette, un uniforme et le slogan « nous pouvons répéter », ce n’est plus une leçon de mémoire. C’est une répétition de loyauté politique.

Ainsi, la guerre cesse d’être une tragédie et devient un spectacle pour enfants. Et c’est l’une des formes les plus dangereuses de militarisation de la conscience : l’enfant ne comprend pas encore l’histoire, mais est déjà émotionnellement impliqué dans le culte de la force.

L’Ukraine comme principal contexte du débat actuel

Sans l’Ukraine, il est impossible de comprendre pourquoi le « Régiment Immortel » est aujourd’hui perçu différemment qu’il y a dix ou quinze ans.

S’il ne s’agissait que de commémoration familiale, le débat serait différent. Mais la Russie mène aujourd’hui une guerre à grande échelle contre l’Ukraine et utilise en même temps le langage de la Seconde Guerre mondiale pour expliquer cette agression. Le Kremlin appelle la résistance ukrainienne « nazisme », l’invasion russe — « libération », et la destruction des villes étrangères — « continuation de la mission historique ».

Cela rend toute action de masse sous le contrôle symbolique de l’État russe politiquement chargée.

Pour l’Ukraine, ce n’est pas un débat sur le passé. C’est une question de vie et de mort aujourd’hui.

Quand dans une ville israélienne, européenne ou américaine (ou dans un autre pays) se déroule une action avec la symbolique russe et des slogans sur la Victoire, et à côté les Ukrainiens pleurent les morts des missiles russes, un conflit moral surgit. La mémoire de la victoire sur un agresseur est utilisée comme couverture pour un autre agresseur — celui qui agit maintenant.

C’est pourquoi la formule clé doit être claire :

Nous sommes pour la mémoire, mais contre son utilisation pour de nouvelles guerres.

Israël, Latroun et la question inconfortable d’un rituel étranger

Netanyahou, Poutine et l’image de 2018

Dans ce sujet, il y a un épisode israélien inconfortable qu’on ne peut pas ignorer.

Le 9 mai 2018, Benjamin Netanyahou à Moscou a participé à la marche du « Régiment Immortel » aux côtés de Poutine et du président serbe Aleksandar Vučić. Dans les rapports sur cet événement, il était indiqué que Poutine portait le portrait de son père vétéran, Vučić — le portrait de son grand-père, et Netanyahou portait le portrait de Wolf Vilensky, un vétéran juif de la Seconde Guerre mondiale, Héros de l’Union soviétique, qui après la guerre a vécu en Israël.

Cet épisode doit être décrit avec précision.

Netanyahou ne marchait pas avec le portrait de son ancêtre. Il portait le portrait d’un vétéran juif. Et en 2018, un tel geste pouvait être expliqué par le respect de la mémoire des juifs qui ont combattu contre le nazisme et le désir de souligner la contribution juive à la Victoire.

Mais après l’agression russe à grande échelle contre l’Ukraine, cette image est perçue différemment.

Pas parce que la mémoire de Wolf Vilensky est devenue moins importante. Au contraire : c’est précisément pour cela qu’elle ne peut être cédée au Kremlin.

Le problème est ailleurs. Le Premier ministre israélien pouvait entrer dans ce rituel avec une logique — la mémoire des combattants juifs, un geste diplomatique, un symbole historique. Le Kremlin a obtenu autre chose : une image où le leader de l’État juif se trouve à l’intérieur du rituel d’État russe de la Victoire.

C’est ainsi que fonctionne la politique symbolique de Moscou.

Un participant vient avec la mémoire.

L’autre utilise cette mémoire comme preuve de sa propre légitimité historique.

Était-ce une pression de Moscou ?

Il est important ici de ne pas affirmer ce qui ne peut être prouvé.

Sans documents fiables, on ne peut écrire que Netanyahou a agi « sous la pression directe de Moscou ». C’est une formulation faible et vulnérable.

Il est beaucoup plus précis de parler du contexte diplomatique.

En 2018, Israël a dû prendre en compte la présence militaire russe en Syrie. Pour Jérusalem, les relations avec Moscou étaient liées non seulement aux cérémonies et à la mémoire historique, mais aussi aux questions de sécurité : la liberté d’action de Tsahal contre l’enracinement iranien en Syrie, les livraisons d’armes au Hezbollah et les menaces aux frontières nord d’Israël.

C’est pourquoi la participation de Netanyahou à la cérémonie moscovite peut être considérée comme un geste dicté non seulement par la mémoire, mais aussi par le calcul de la politique étrangère.

La formule ici doit être prudente :

Netanyahou pouvait y aller selon la logique de la sécurité d’Israël. Le Kremlin a utilisé cette image selon la logique de sa propagande.

Cela ne justifie ni n’annule la question. Au contraire, cela la rend encore plus importante.

Même si un leader étranger entre dans le rituel du Kremlin pour des raisons pragmatiques, le résultat peut être utilisé non par lui, mais par Moscou. Même la mémoire honnête d’un participant peut être absorbée par la machine de propagande d’un autre État.

L’histoire avec Netanyahou montre que le « Régiment immortel » n’est pas seulement un sujet interne russe. C’est un piège pour les leaders étrangers, les diasporas, les communautés et les États qui entrent dans le rituel avec leur mémoire, mais en sortent comme partie de l’image du Kremlin.

Pourquoi cela est particulièrement important pour le public israélien

Pour Israël, la question de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale n’est pas un sujet européen lointain.

Ici vivent des familles originaires de l’ex-URSS, d’Ukraine, de Russie, de Biélorussie, des pays baltes, du Caucase, d’Asie centrale, des pays du Moyen-Orient, d’Europe de l’Est et de l’Ouest. Ici vivent les descendants des survivants de l’Holocauste. Ici, la mémoire de la guerre croise Yad Vashem, les archives familiales, les histoires des rapatriés, l’héritage des vétérans soviétiques, la douleur ukrainienne de la guerre actuelle et la réalité sécuritaire israélienne.

C’est pourquoi il est important pour la société israélienne de distinguer le respect des morts de la participation à la propagande d’État étrangère.

NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency considère ce sujet non comme une dispute sur une date calendaire et non comme une attaque contre la mémoire familiale. C’est une question de savoir si la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et de l’Holocauste peut être transformée en outil de justification d’une nouvelle agression.

La réponse doit être honnête : non.

La mémoire des Juifs qui ont combattu contre le nazisme ne doit pas devenir partie du mythe du Kremlin sur le droit de la Russie à une nouvelle guerre.

Latrun comme alternative israélienne à la monopole du Kremlin

Israël a son propre cadre de mémoire, plus profond et honnête, sur la participation juive à la Seconde Guerre mondiale.

Ce n’est pas seulement Yad Vashem, où la mémoire de l’Holocauste est placée au centre de la conscience nationale et mondiale. C’est aussi le Musée du soldat juif de la Seconde Guerre mondiale nommé d’après Haim Herzog à Latrun — מוזיאון הלוחם היהודי.

Ce musée est situé à Latrun, sur la route entre Tel Aviv et Jérusalem. Sa mission est de raconter un chapitre important et longtemps resté dans l’ombre de l’histoire juive : non seulement l’Holocauste, mais aussi l’héroïsme, la participation et la contribution des soldats juifs à la défaite du nazisme. Le musée indique qu’il est dédié à environ 1,5 million de Juifs qui ont été appelés ou se sont portés volontaires dans les armées alliées, les unités de partisans et les mouvements de résistance, ainsi qu’à la mémoire d’environ 250 000 soldats juifs morts pendant la guerre.

C’est un accent fondamentalement important.

Les Juifs n’étaient pas seulement des victimes de l’Holocauste. Ils étaient des soldats, des officiers, des éclaireurs, des partisans, des résistants, des participants aux soulèvements dans les ghettos et les camps. Ils ont combattu dans l’Armée rouge, dans les armées des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France, de la Pologne et d’autres pays. Ils ont servi dans des unités juives, ont participé à la résistance, ont libéré l’Europe, et beaucoup sont ensuite devenus partie de l’histoire de la fondation d’Israël.

L’exposition du musée est organisée par fronts, armées et formes de résistance. La description officielle parle d’un récit chronologique de la guerre de septembre 1939 à la capitulation du Japon en septembre 1945, y compris les premières années de la guerre, l’Europe de l’Est et l’Union soviétique, les États-Unis, les partisans, les résistants, les combattants des ghettos et des camps de concentration, ainsi que les volontaires d’Eretz Israël.

Voilà la réponse israélienne forte à la monopole du Kremlin.

Israël n’a pas besoin d’entrer dans le rituel d’État russe pour se souvenir des combattants juifs. Israël a Latrun, Yad Vashem, des histoires familiales, des archives, des noms, des documents, des témoignages et son propre cadre moral.

Latrun montre que la mémoire de la Seconde Guerre mondiale peut être militaire par thème, mais pas militariste par esprit.

Là, le soldat juif reste un être humain, une biographie et une partie de l’histoire, et non une décoration pour la propagande d’État étrangère.

Alternative ukrainienne : mémoire sans culte de la guerre

L’Ukraine propose de plus en plus ces dernières années un autre modèle de mémoire : au centre, il n’y a pas le culte d’État de la victoire, ni l’armée comme objet de vénération, ni le slogan de répétition de la guerre, mais le coût humain.

C’est la mémoire des victimes du nazisme et du stalinisme.

Mémoire des Juifs fusillés.

Mémoire des peuples déportés.

Mémoire des Ukrainiens morts.

Mémoire des villes détruites.

Mémoire des guerres modernes — en Ukraine, en Syrie, en Tchétchénie, en Géorgie et ailleurs, où la logique impériale a de nouveau détruit des vies.

Cette mémoire peut être variée : cérémonies locales, projets éducatifs, initiatives d’archives, expositions muséales, histoires familiales, minutes de silence, lecture de noms, récits de destins concrets. Elle ne nécessite pas les drapeaux de l’agresseur, les portraits de dictateurs et les slogans « nous pouvons répéter ».

Elle exige autre chose : nommer le mal comme mal et ne pas permettre de répéter.

Le 9 mai 2026 comme épreuve pour l’Occident global

Le 9 mai 2026 devient un test pour les sociétés occidentales.

La question n’est pas de savoir s’il faut permettre aux gens de se souvenir de leurs morts. Bien sûr, la mémoire ne peut être interdite. La question est ailleurs : les villes européennes, américaines et d’autres de la « civilisation occidentale » permettront-elles d’utiliser la mémoire de la victoire sur un agresseur comme couverture pour un autre agresseur — celui qui mène actuellement une guerre contre l’Ukraine ?

La tolérance envers les événements avec des slogans pro-guerre, la symbolique d’État russe et l’interprétation historique du Kremlin peut en fait signifier offrir un espace public pour légitimer l’agression.

Cependant, le respect de la mémoire ne nécessite pas de telles formes.

On peut organiser des cérémonies sans les drapeaux de l’agresseur. On peut se souvenir de tous les morts. On peut parler des destins juifs, ukrainiens, polonais, anglais, américains, français, biélorusses, russes, lituaniens, lettons, géorgiens, arméniens et de nombreux autres. On peut lire des noms. On peut ouvrir des expositions. On peut parler de l’Holocauste, du front, des partisans, des déportations, des crimes staliniens et du coût de la guerre.

Mais on ne peut pas faire semblant que les slogans de la propagande russe moderne sont simplement une « tradition culturelle ».

Si dans une ville européenne on autorise le rituel de mémoire du Kremlin, il doit y avoir un espace pour la voix de ceux que la guerre russe tue aujourd’hui. Les communautés ont le droit de rappeler : la Victoire sur le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale n’appartient pas au Kremlin.

La liberté de réunion ne doit pas se transformer en monopole d’une seule version propagandiste de l’histoire.

Quelle peut être une alternative digne

Il y a une alternative.

C’est une mémoire sans portraits de dictateurs.

Mémoire sans slogans militaires.

Mémoire sans justification de nouveaux meurtres.

Ce sont des cérémonies sans les drapeaux de l’État-agresseur. C’est la commémoration de toutes les victimes du nazisme et du stalinisme. Ce sont des récits de familles concrètes. C’est une minute de silence au lieu d’un défilé militariste. Ce sont des programmes éducatifs, des projets d’archives, des expositions muséales, la publication de documents et de témoignages.

C’est la mémoire des Américains, des Juifs, des Français, des Ukrainiens, des Polonais, des Anglais, des Allemands, des Biélorusses, des Russes, des Lituaniens, des Lettons, des Arméniens, des Géorgiens et de tous les peuples dont les maisons ont été traversées par la guerre.

C’est le refus de la formule « nous pouvons répéter ».

C’est un retour à la formule « il ne faut pas répéter ».

Pour Israël, une telle alternative est particulièrement naturelle. Yad Vashem et Latrun montrent deux dimensions importantes de la mémoire juive : les Juifs en tant que victimes de l’extermination et les Juifs en tant que combattants de la résistance au nazisme. Dans ce cadre, il n’y a pas besoin du rituel du Kremlin. Il y a des noms, des biographies, des documents, des destins, de la douleur et de la responsabilité.

Tous les participants ne sont pas des propagandistes, mais chacun doit voir le contexte

Il est très important de ne pas transformer l’article en accusation de toutes les personnes qui ont un jour défilé avec une photo d’un parent.

Tous les participants du « Régiment immortel » ne soutiennent pas consciemment le Kremlin. Beaucoup y vont vraiment par douleur personnelle. Quelqu’un porte la photo de son père. Quelqu’un — de son grand-père. Quelqu’un — de sa grand-mère infirmière. Quelqu’un — d’un parent qui a traversé le front et n’a jamais pu dormir paisiblement toute sa vie.

Cette mémoire peut être sincère.

Mais un motif sincère n’annule pas le résultat politique.

Si une personne entre dans un espace organisé par les structures de l’État menant une guerre agressive moderne, si des slogans « nous pouvons répéter » résonnent à côté, si des symboles devenus partie de la propagande militaire russe sont utilisés, si tout le rituel se transforme ensuite en image pour Moscou, alors il faut honnêtement se demander : ma mémoire personnelle n’a-t-elle pas été utilisée contre le sens même de la mémoire ?

C’est une question difficile. Mais ce sont précisément ces questions qui distinguent une conscience vivante d’une participation automatique à un scénario étranger.

Mémoire commune — responsabilité commune

La mémoire de la Seconde Guerre mondiale appartient à de nombreux peuples. Personne ne possède le monopole de la Victoire.

Elle appartient aux familles des morts.

Elle appartient aux Juifs qui ont survécu à l’Holocauste et combattu contre le nazisme.

Elle appartient aux Ukrainiens dont les villes et villages ont été ravagés par la guerre.

Elle appartient aux Polonais, Biélorusses, Américains, Anglais, Russes, Lituaniens, Lettons, Arméniens, Géorgiens, peuples du Caucase, d’Asie centrale et d’Europe.

Elle appartient à ceux qui ont été tués.

À ceux qui ont survécu.

À ceux qui se sont tus.

À ceux qui n’ont pas eu le temps de raconter.

À ceux dont les noms ont été préservés, et à ceux dont les noms ont été effacés.

Le véritable respect pour les morts signifie non seulement se souvenir du passé. Cela signifie faire tout ce qui est possible pour que de telles tragédies ne se reproduisent pas.

C’est pourquoi il est si important aujourd’hui de distinguer : où est la mémoire, et où est la propagande. Où est le deuil, et où est la mobilisation. Où est le portrait d’un parent décédé, et où est l’affiche politique. Où est « plus jamais » – « Never Again », et où est « nous pouvons répéter ».

La question n’est pas de savoir s’il faut se souvenir des morts.

Il est nécessaire de s’en souvenir.

La question est ailleurs : permettrons-nous de transformer leurs visages en décor pour une nouvelle guerre ?

La véritable mémoire ne nécessite pas le slogan « nous pouvons répéter ». Elle exige autre chose : ne pas permettre de répéter – « Never Again ».

Память или пропаганда — как «Бессмертный полк» стал испытанием для Запада, Израиля и еврейской совести