Un procès a été déposé devant un tribunal fédéral des États-Unis, ramenant à des litiges juridiques d’il y a un siècle, mais avec un agenda tout à fait moderne. Le fonds d’investissement américain Noble Capital RSD exige de la Fédération de Russie jusqu’à 225 milliards de dollars pour des obligations de l’Empire russe de 1916 et pointe directement les actifs russes gelés à l’étranger comme source potentielle de remboursement de la dette.
Les défendeurs dans cette affaire sont la Fédération de Russie, le ministère des Finances, la Banque centrale et le Fonds de bien-être national. Le plaignant affirme détenir des obligations impériales d’une valeur de 25 millions de dollars avec un coupon de 5,5 %, émises par l’intermédiaire de la National City Bank of New York, et évalue le volume total des obligations, y compris les intérêts et la soi-disant « clause d’or », à un minimum de 225 milliards de dollars.
Dans les documents du procès, le fonds insiste : le refus de remplir les obligations viole la doctrine de la succession de pouvoir. Selon Noble Capital RSD, la Russie, en tant que successeur de l’URSS, a hérité non seulement des actifs, mais aussi des dettes, y compris celles des titres pré-révolutionnaires, qui, selon le plaignant, n’ont pas été annulées à l’égard des investisseurs américains.
Le mécanisme possible d’exécution de la décision du tribunal est spécifiquement décrit dans le procès. Le fonds lie directement ses revendications aux actifs russes gelés après l’annexion de la Crimée en 2014 et surtout après le début de la guerre à grande échelle contre l’Ukraine en 2022. Le plaignant souligne : il ne s’agit pas de confiscation, mais de compensation de la dette comme forme d’exécution des obligations, ce qui, selon lui, est conforme au droit international.
Aucune réaction officielle de Moscou au procès n’a encore été donnée. Cependant, la position de la partie russe sur les « dettes tsaristes » reste inchangée. Sergueï Sokolov, partenaire du bureau Marks & Sokolov, représentant les intérêts des défendeurs, a déclaré que les obligations avaient été annulées par le gouvernement soviétique dès 1918 et « depuis longtemps envoyées à la poubelle de l’histoire ». Selon lui, ni l’URSS ni la Fédération de Russie n’ont jamais reconnu la responsabilité de ces titres.
La partie russe a déjà exigé du fonds qu’il retire le procès avant le 30 janvier. Si cela ne se produit pas, les avocats ont l’intention de déposer une requête pour rejeter le procès sur la base de la loi américaine sur l’immunité des États étrangers — Foreign Sovereign Immunity Act.
L’histoire du procès se développe dans le contexte d’un blocage massif des réserves russes. Après le début de la guerre, les pays de l’UE et du G7 ont gelé environ la moitié des réserves de change de la Russie. Plus de 200 milliards d’euros se trouvent dans l’Union européenne, principalement sur les comptes du dépositaire belge Euroclear.
En réponse, Moscou a introduit des comptes spéciaux de type « C », où sont accumulés les actifs des investisseurs des pays « inamicaux » et leurs revenus. Le retrait des fonds n’est possible que par décision d’une commission gouvernementale. Parallèlement, la Banque de Russie a déposé une plainte contre Euroclear pour un montant de plus de 18 trillions de roubles, accusant l’UE de tentative d’appropriation des actifs.
Le Kremlin a déclaré à plusieurs reprises que toute tentative d’utiliser les réserves gelées sape les fondements du système financier mondial. Auparavant, Vladimir Poutine avait qualifié ces idées de vol et averti des pertes à long terme pour l’ordre financier mondial.
Les avocats notent : même si le tribunal américain accepte d’examiner le procès de Noble Capital RSD, la perspective d’un recouvrement réel reste extrêmement incertaine. Les questions d’immunité d’État, de succession et de possibilité de compensation des actifs souverains se trouvent dans une zone grise du droit international et dépendent directement du contexte politique.
Pour les marchés mondiaux, cette affaire est importante non pas tant à cause du montant que des conséquences. Elle teste les limites du régime de sanctions, le rôle des tribunaux américains dans les conflits financiers transfrontaliers et le concept même de traitement des actifs d’État gelés. C’est pourquoi le litige sur la « dette tsariste » dépasse largement le cadre des obligations d’archives et devient partie intégrante d’une grande discussion géopolitique, suivie de près par les lecteurs de НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency.