Dans la rubrique «Juifs d’Ukraine» lisez l’histoire de Solomon Frankfurt — un scientifique juif et organisateur de la science, qui au début du XXe siècle a aidé l’Ukraine à construire ce qui serait aujourd’hui appelé «infrastructure d’agro-innovations»: laboratoires, champs expérimentaux, stations de sélection, normes de qualité des semences et recherches appliquées liées à l’économie réelle.
Cette biographie (ukr.) a été compilée par l’auteur israélien Shimon Briman sur le site Ukrainian Jewish Encounter. Il écrit sur Frankfurt sans romantisation — comme sur une personne qui parlait avec autant d’assurance le langage de la chimie, de la pratique agricole et des décisions gouvernementales. Et c’est précisément pour cette raison que dans l’histoire agricole ukrainienne, Frankfurt a un surnom imagé: le réseau de centres scientifiques autour de Kiev a ensuite été appelé «Temple de Salomon» — non pas dans un sens religieux, mais comme une métaphore du «système construit», qui a survécu au changement d’époque.
Qui est Solomon Frankfurt — brièvement, mais efficacement

Solomon Lvovitch (Shlomo Meerovitch) Frankfurt est né en 1866 à Vilno (aujourd’hui Vilnius). Il a reçu une éducation européenne et un doctorat en chimie à Zurich, et a mené des recherches sur les sucres dans les plantes — un sujet qui croise directement la culture de la betterave sucrière et l’industrie sucrière ukrainienne du début du XXe siècle.
Mais une «carrière impériale» pour un scientifique juif à la fin du XIXe siècle se heurtait souvent à des obstacles non liés aux capacités. Briman cite un épisode révélateur: en 1898, Frankfurt s’est vu refuser un poste de professeur à l’Institut agricole de Moscou précisément en raison de sa confession. En termes simples, cela signifie que la voie vers les universités était fermée — donc la science devait chercher une issue par la pratique.
Et cette issue, Frankfurt l’a trouvée à Kiev.
Kiev: le laboratoire d’où a émergé le système
Le déménagement à Kiev a été un tournant pour Frankfurt. De 1901 à 1920 (Briman souligne cette période comme la plus productive), il a travaillé là où la science rencontre la production réelle: usines de sucre, agrochimie, qualité des semences, rendement.
Frankfurt a dirigé le laboratoire agrochimique du Syndicat agricole de Kiev et a commencé à promouvoir ce qui semble évident aujourd’hui, mais qui était alors une nouvelle façon de penser en gestion: les semences ne doivent pas seulement être achetées et semées, mais vérifiées, comparées, améliorées, standardisées. La science doit mesurer le résultat, et non servir des rapports embellis.
Briman souligne que de ce laboratoire a émergé avec le temps un centre scientifique opérationnel auprès de l’institut spécialisé en agriculture. Il ne s’agit donc pas d’un «éclair de talent», mais de la création d’une base institutionnelle: structures, personnes, méthodes, habitude de l’expérimentation.
Champs expérimentaux et engrais: un travail non théorique
Frankfurt ne s’est pas limité à la chimie de bureau. Selon la description de Briman, il a participé à la création d’un réseau de champs expérimentaux dans plusieurs provinces — pour tester les idées non sur papier, mais dans le sol et le climat. C’est important: l’Ukraine est vaste et variée, et les recettes universelles en agriculture fonctionnent mal.
Un domaine distinct était le travail avec les engrais minéraux. À l’époque, cela sonnait comme un «outil de modernisation» — une opportunité d’augmenter le rendement et de stabiliser la qualité des produits. Dans le texte, Frankfurt apparaît comme une personne qui expliquait aux producteurs et propriétaires terriens: oui, c’est de l’argent, oui, c’est de la technologie, mais sans cela, l’agroéconomie restera à la traîne.
Briman montre en fait un «modèle de transition»: de l’agriculture comme tradition — à l’agriculture comme secteur où les décisions sont confirmées par des données.
Mironovka et «Ukrainka»: quand la sélection devient partie intégrante du pays
Un des épisodes clés est l’organisation en 1909 de la Station centrale de recherche sur la culture de la betterave sucrière près de Mironovka. Briman écrit que la station a été soutenue par les producteurs de sucre locaux: c’est un lien important entre la science et les affaires, sans lequel l’infrastructure ne survit généralement pas.
Plus tard, sur la base de ces initiatives, apparaît la station de sélection de Mironovka (aujourd’hui — l’institut du blé). Et ici, Briman donne un détail qui accroche même les personnes éloignées du sujet agricole: on attribue à Frankfurt l’idée du nom de la variété de blé tendre d’hiver «Ukrainka 0246».
Ce n’est pas un détail. Le nom de la variété est un symbole que «l’ukrainien» peut être non seulement une déclaration politique, mais aussi un produit concret de la science: cultivé, vérifié, diffusé.
Frankfurt et la souveraineté ukrainienne: un choix qui n’était pas «neutre»
Briman montre Frankfurt comme une personne qui ne se cachait pas de la politique — bien qu’il ne fût pas un tribun politique. Pendant les années de la révolution ukrainienne, Frankfurt a participé à la création de structures professionnelles et scientifiques, a travaillé dans des commissions et s’est occupé de ce qui reste souvent en coulisses: la formalisation institutionnelle du secteur.
Dans le texte, une pensée est exprimée que Briman formule de manière dure et sans embellissement:
«Il a cru en la souveraineté ukrainienne plus que beaucoup d’Ukrainiens» — écrit Briman.
Il est particulièrement noté son travail sous le gouvernement hetman, où Frankfurt s’occupait des questions d’agriculture et d’alimentation et participait à la préparation de la législation agricole. Ce n’était donc pas une «sympathie en paroles», mais une implication dans la routine de gestion: documents, normes, règles.
Négociations de 1918: diplomatie économique et sucre
Il y a aussi une dimension internationale. Briman cite la position de l’historien Ruslan Pirog: Frankfurt a représenté deux fois l’Ukraine lors de négociations économiques complexes avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie en 1918. L’essence — la partie ukrainienne défendait les conditions économiques, y compris un prix équitable pour le sucre ukrainien.
Briman souligne: ce n’était pas une «sortie symbolique», mais un travail de négociation où chaque chiffre avait un poids politique.
Le texte mentionne également la décoration de Frankfurt par un ordre allemand — comme marqueur de reconnaissance de son rôle dans ces contacts.
Émigration et ORT mondial: continuation de la biographie ukrainienne dans le monde
Après la défaite de l’UNR, Frankfurt, selon la description de Briman, a refusé de coopérer avec les bolcheviks et a émigré à la fin de 1920. Ensuite commence une autre partie de sa vie — mais elle continue logiquement la première: la construction d’un système, mais cette fois à un niveau international.
Frankfurt a travaillé pendant des décennies à l’ORT mondial — une organisation qui s’occupait de l’éducation technologique et du soutien aux artisans et agriculteurs. Briman énumère les villes et étapes du travail européen de l’ORT, puis le déménagement aux États-Unis. À partir de 1947, Frankfurt est devenu président de l’ORT mondial.
Il est mort en 1954 et a été enterré dans l’État de New York. Mais la trace ukrainienne dans sa biographie n’a pas disparu: Briman construit la ligne de manière à ce que le lecteur voie — l’expérience de création d’une infrastructure agricole en Ukraine est devenue partie intégrante de son projet mondial plus large.
Pourquoi «Temple de Salomon» résonne particulièrement aujourd’hui
La métaphore «Temple de Salomon» est liée par Briman à l’évaluation de l’académicien Viktor Vergunov: il s’agit des centres scientifiques agricoles créés par Frankfurt en Ukraine, qui ont continué à fonctionner après lui. Le sens de la métaphore — dans l’«architecture de la science» construite: quand le système continue de fonctionner, même si le créateur n’est plus là.
La fin chez Briman est contemporaine et très directe: il rappelle que l’école juive n°141 à Kiev, opérant sous l’égide de l’ORT, traverse un hiver de guerre difficile — avec des bombardements, des coupures de courant et de chauffage. L’histoire d’une personne du début du XXe siècle se retrouve soudainement proche de la réalité de 2026.
Principales conclusions pour la rubrique «Juifs d’Ukraine»
Frankfurt est un exemple d’intellectuel juif qui est devenu partie intégrante du projet de modernisation ukrainien non par des slogans, mais par l’infrastructure.
Sa contribution — pas une seule «idée retentissante», mais une habitude de vérification scientifique, de standardisation et d’expérimentation systématique en agriculture.
Pendant les années de la révolution ukrainienne, il a fait un choix conscient en faveur de la souveraineté ukrainienne et a travaillé dans de véritables mécanismes de gestion.
Son travail ultérieur à l’ORT mondial montre la continuation de la même logique: éducation, compétences appliquées, soutien aux communautés — à travers des institutions, et non par des déclarations.
Texte: Shimon Briman (Israël). https://ukrainianjewishencounter.org/uk/hram-solomona-bilya-ki%d1%94va-yak-%d1%94vrejskij-vchenij-prosuvav-agroindustriyu-ukra%d1%97ni/
L’auteur remercie la collaboratrice des Archives mondiales de l’ORT à Londres Jennifer Brunton pour son aide dans la recherche de matériaux et la fourniture de la photographie de Solomon Frankfurt.