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La question «pourquoi la Russie ne se révolte pas» résonne en Ukraine et de plus en plus en Israël, où la guerre en Europe n’est pas perçue comme un «conflit lointain», mais comme une partie d’un axe commun de menaces : Moscou-Téhéran (Hamas, Hezbollah, Houthis et autres formations terroristes alliées à la Russie), technologies de répression, drones, missiles, sanctions, Syrie. En surface, la réponse semble simple : peur et propagande. Mais c’est trop réducteur. Le reportage de NV propose une série d’explications — faibles liens horizontaux, «accords» ponctuels de l’État avec les familles, environnement répressif, fatigue sans organisation. L’essentiel est que le Kremlin a transformé la guerre en un tapis roulant contrôlé, où le «coût humain» ne se traduit pas en action politique.

Nous ajouterons à cela notre propre analyse : quels arguments tiennent vraiment, où ils sont insuffisants, et ce qui pourrait briser le modèle actuel.

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La mécanique de «l'annulation» : pourquoi il n'y a pas de révoltes en Russie, bien que la guerre contre l'Ukraine soit depuis longtemps une humiliation systémique de ses propres citoyens
La mécanique de «l’annulation» : pourquoi il n’y a pas de révoltes en Russie, bien que la guerre contre l’Ukraine soit depuis longtemps une humiliation systémique de ses propres citoyens

1) Désunion et absence de liens horizontaux — ce n’est pas une métaphore, c’est une infrastructure

L’argument des «faibles liens horizontaux» sonne souvent comme un diagnostic psychologique, mais en réalité, il est institutionnel. La protestation n’est pas une émotion, mais une logistique : où se rassembler, comment diffuser l’information, qui organise la protection juridique, qui coordonne l’entraide, où se trouvent les canaux médiatiques, comment collecter des fonds, comment relier différentes villes.

En Russie, cette infrastructure a été systématiquement démantelée pendant des années : les organisations publiques étaient déclarées «agents étrangers», les médias indépendants fermés, les activistes locaux emprisonnés, toute «auto-organisation» était marquée comme une menace pour l’État. Résultat : même s’il y a beaucoup de mécontents, ils ne forment pas un réseau actif. Cela explique le paradoxe : une grande fatigue coexiste avec une faible capacité d’action collective.

Il est également important de noter que la désunion n’est pas un «caractère national», mais le résultat d’une politique. Le régime encourage l’atomisation : que les gens rivalisent entre eux pour les ressources, le statut, la sécurité. Il est plus facile de gérer des personnes désunies. Ce n’est pas unique à la Russie ; c’est un outil standard des systèmes autoritaires qui craignent non pas tant les protestations que la solidarité.

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2) «Accords» avec les familles et compensation privée au lieu de justice publique

Le deuxième pilier est le «soulagement de la tension» ponctuel par l’argent et les décisions administratives. La famille d’un défunt peut recevoir une compensation, des avantages, une «aide» avec les documents. D’un point de vue moral, cela n’annule pas la tragédie. Mais du point de vue de la gestion, cela fonctionne : la douleur devient une affaire privée de la famille, et non un conflit public.

Ce mécanisme a deux avantages pour le pouvoir. Le premier est la neutralisation d’un groupe de pression potentiel. Les proches des défunts pourraient devenir un mouvement de masse, comme cela s’est produit dans d’autres guerres. Mais lorsque chaque cas est «clos» séparément, un sujet unifié ne se forme pas.

Le second est l’attachement de la personne à l’État. La famille devient dépendante des paiements et des décisions des fonctionnaires. Cela pousse au silence : «pourvu que ça n’empire pas», «pourvu qu’on ne nous retire pas les avantages», «pourvu qu’il n’y ait pas de problèmes». Dans un système autoritaire, même l’aide formelle sert souvent d’outil de contrôle.

3) La peur est importante, mais pas de front : la peur est un réseau de petites menaces

Oui, la répression étouffe la protestation. Mais ce qui fonctionne le plus, ce n’est pas le risque de prison, mais la somme des petites menaces : perte d’emploi, problèmes à l’université pour les enfants, pression sur les entreprises, amendes, perquisitions, «entretiens préventifs», risque de figurer sur une liste de personnes indésirables. Cela rend la publicité toxique. Une personne peut détester la guerre, mais choisit la stratégie de «ne pas se faire remarquer».

Un détail important ici : la peur fonctionne tant que les gens croient que le régime a de longs bras et que la résistance est inutile. Dès que le sentiment de fragilité du pouvoir apparaît, la peur commence à faillir. C’est pourquoi les régimes répressifs semblent souvent «monolithiques» jusqu’au moment où ils se brisent soudainement. Pas parce que les gens sont soudainement devenus courageux, mais parce que la peur a cessé d’être rationnelle.

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4) La propagande n’est pas le moteur principal. Le moteur principal est l’habitude de l’impuissance et l’absence d’expérience de résultat

Expliquer tout par la propagande est pratique, mais c’est une simplification. La propagande aide à justifier la guerre dans la conversation et réduit la dissonance cognitive. Mais même beaucoup de ceux qui ne croient pas à la télévision ne protestent pas.

La raison est plus profonde : une grande partie de la société n’a pas l’expérience que la protestation apporte des changements. Si une personne voit pendant des décennies que le pouvoir ne répond pas, que les élections ne changent pas la réalité, que les manifestations se terminent par des arrestations — une habitude d’impuissance politique se forme. Pas «je soutiens», mais «je ne décide de rien». C’est le fondement de la passivité.

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Le schéma est cynique : le régime peut tolérer une augmentation du mécontentement, si ce mécontentement ne s’organise pas et ne se transforme pas en action. C’est pourquoi le pouvoir craint non pas la critique dans la cuisine, mais la coordination dans la rue.

5) La guerre est inégalement répartie : les capitales ont longtemps vécu «comme si rien ne se passait»

Notre ajout clé à la logique de NV est l’inégalité de la douleur. En Russie, la guerre est longtemps «étalée» sur la périphérie. Le recrutement, les pertes, les avis de décès, les incitations matérielles frappent plus durement les régions pauvres, les petites villes, les périphéries nationales. Et les grandes villes — surtout Moscou et Saint-Pétersbourg — ont essayé de vivre en mode vitrine : cafés, centres commerciaux, services, fêtes.

Le régime fait tout pour que la guerre ne devienne pas «capitale». Parce que la capacité de protestation dans les capitales est plus élevée : plus de gens avec des ressources, plus de liens, plus de médiatisation. Tant que la guerre reste «régionale» en termes de coût humain, la probabilité d’une explosion nationale est plus faible. Ce n’est pas une justification. C’est une explication de la mécanique.

6) L’alternative à la protestation — départ, esquive, sabotage interne

Une autre raison du «silence» n’est pas que les gens sont satisfaits, mais que la protestation a pris d’autres formes. Certains sont partis (y compris en Israël). Certains sont entrés dans une «émigration intérieure» : silence, refus de participer à la politique, minimisation des contacts avec l’État. Certains esquivent : déménagements, faux certificats, schémas gris, évitement des bureaux de recrutement, refus de la publicité.

Cela détruit lentement mais sûrement le tissu social. Le problème est que cette «protestation silencieuse» n’a pas d’effet politique immédiat, mais sape la confiance et la gouvernabilité. Le régime peut vivre avec cela tant qu’il maintient le contrôle par la force et des coussins financiers.

7) L’armée comme miroir de la société : l’argent devient un outil de coercition

NV décrit un point important sur le «modèle contractuel» et les paiements. Sur le papier, cela ressemble à un choix volontaire. En pratique, de plus en plus, c’est une coercition économique. Quand il n’y a pas de travail normal dans la région, les paiements élevés pour un contrat deviennent un piège. Le régime achète la loyauté de la pauvreté.

En même temps, l’augmentation des paiements est un signe de problème, pas de force. Si le recrutement était stable, il ne serait pas nécessaire d’augmenter constamment le prix de la vie humaine. Quand le prix augmente, cela signifie que la motivation diminue et que le risque de refus augmente.

Ensuite, une économie interne toxique de l’armée apparaît : extorsion, décisions «payantes», corruption, violence. Cela détruit la morale et la discipline. Et c’est aussi un facteur qui peut conduire à des effondrements inattendus — pas nécessairement des révoltes massives sur les places, mais à une perte de gouvernabilité au sein de l’institution qui devrait être le pilier du régime.

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8) Cela signifie-t-il qu’il n’y aura pas de révolte ? Non. Cela signifie que la révolte dépend non de la morale, mais de la gouvernabilité

L’erreur la plus fréquente est d’attendre une révolte comme une «vengeance morale» : puisque la guerre est injuste, les gens doivent sortir. En réalité, les protestations de masse surviennent lorsque la gouvernabilité se brise : lorsque le modèle habituel «vous supportez — nous maintenons l’apparence de normalité» cesse de fonctionner.

Les déclencheurs qui peuvent réellement changer la donne :

— Mobilisation touchant massivement les grandes villes.
Si la guerre cesse d’être «régionale» et devient «capitale», le risque de protestation augmente fortement.

— Choc économique qui ne peut être masqué par des paiements et des crédits.
Quand les revenus chutent, les emplois disparaissent, les attentes «pacifiques» s’effondrent — la passivité diminue.

— Effondrement de la gestion dans les régions.
Si les élites locales cessent de «gérer» les conséquences de la guerre, la colère accumulée peut devenir massive.

— Échec militaire majeur.
Pas sous forme de «nouvelles», mais sous forme de rupture du sentiment de contrôle, lorsque même les personnes apolitiques commencent à penser que le pouvoir mène le pays à la catastrophe.

9) Pourquoi cela est-il important pour Israël

Pour Israël, la question n’est pas académique. La Russie a depuis longtemps cessé d’être un «joueur neutre» et interagit activement avec le Hamas, avec l’Iran, ses proxys terroristes – Hezbollah, et d’autres terroristes) et ses capacités militaires. Tout renforcement ou affaiblissement de la stabilité russe se reflète sur les menaces régionales : livraisons de technologies, régimes de sanctions, accords politiques en Syrie, exportation de pratiques répressives.

Tant que le Kremlin maintient la stabilité intérieure par la désunion et la redistribution de la douleur, il est capable de poursuivre la guerre et de négocier parallèlement au Moyen-Orient. Mais ce modèle a une limite. Lorsque la guerre commence à «entrer à la maison» — dans les familles des capitales, dans l’économie, dans le quotidien — le régime est confronté à ce qu’il craint le plus : non pas la critique, mais le refus massif d’être gouverné.

C’est précisément cela qui est le sens pratique de la «théorie de l’annulation». La guerre se transforme en un mécanisme qui annule l’homme — ses droits, sa sécurité, sa dignité, sa possibilité de choix. Mais le système tient tant que l’annulation reste individuelle, dispersée, «un par un». Dès qu’elle devient collective et synchronisée — les murs commencent à se fissurer.

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