NAnews – Nikk.Agency Actualités Israël

Le magazine américain The National Interest a publié le 12 mai 2026 un article de Jordan McGillis intitulé « ‘West Asia’ Is the New Middle East ». C’est à la fois un aperçu et un commentaire géopolitique sur le livre de l’analyste Mohammed Soliman « West Asia: A New American Grand Strategy in the Middle East », publié au printemps 2026. L’idée principale de la publication est claire : Washington doit cesser de voir la région à travers l’ancienne formule du « Moyen-Orient » et commencer à la percevoir comme faisant partie d’un espace plus large de l’Asie occidentale et du bassin de l’océan Indien.

Pour Israël, cette discussion n’est pas académique. La manière dont les États-Unis définissent la région influence non seulement le langage des analystes, mais aussi la stratégie réelle : la sécurité du Golfe Persique, le rôle de l’Inde, les relations avec les Émirats arabes unis, les routes commerciales, les chaînes technologiques, l’énergie et la dissuasion de l’Iran.

Où et quand cette idée est-elle apparue

La publication est parue dans The National Interest — un magazine américain lié aux discussions de politique étrangère et stratégique à Washington. L’article est publié dans le blog Silk Road Rivalries et est consacré au livre de Soliman, qui est présenté comme directeur de McLarty Associates et chercheur principal au Middle East Institute.

Le livre a été discuté auparavant : le 12 février 2026, le Middle East Institute a publié un podcast intitulé « From the Middle East to West Asia: Redefining America’s Global Strategy », où Soliman expliquait pourquoi les États-Unis devaient s’éloigner de la logique du nation-building pour passer à l’order-building — non pas à la construction d’États, mais à la création d’un nouvel ordre régional. L’enregistrement du podcast a été réalisé le 11 février 2026.

Pourquoi le débat ne porte pas seulement sur le nom

À première vue, « Moyen-Orient » et « Asie occidentale » peuvent sembler être simplement des étiquettes géographiques différentes. Mais dans la logique stratégique américaine, les mots sont rarement neutres.

Le terme « Moyen-Orient » tire historiquement la région vers une optique européenne : proche — parce que plus proche de l’Europe. « Asie occidentale » change l’angle. Dans ce tableau, Israël, les pays du Golfe, l’Égypte, l’Iran, l’Inde et le Pakistan ne semblent plus être des fragments séparés de différentes cartes politiques. Ils deviennent des parties d’un grand corridor entre la Méditerranée, le Golfe Persique, l’océan Indien et la région indo-pacifique.

C’est précisément ce que The National Interest appelle la nouvelle réalité, que les stratèges américains risquent de remarquer à nouveau trop tard.

Pourquoi l’océan Indien devient le centre de la nouvelle carte

L’auteur de l’aperçu souligne : la politique étrangère américaine a longtemps parlé de « pivot vers l’Asie », mais en pratique, elle a trop souvent réduit l’Asie à la Chine et à l’océan Pacifique. En conséquence, l’océan Indien — un espace qui relie l’Afrique de l’Est, la péninsule arabique, le Golfe Persique, l’Inde, le Pakistan, l’Asie du Sud-Est et l’Australie — est passé inaperçu.

Ce n’est pas une géographie vide. À travers cette ceinture passent les ressources énergétiques, le commerce maritime, la nourriture, les matières premières, les routes technologiques et les alliances politiques.

The National Interest note séparément que la population des pays autour du bassin de l’océan Indien dépasse 3 milliards de personnes. Au centre de ce système se trouve l’Inde, qui a déjà dépassé la Chine en termes de population et revendique de plus en plus le rôle de centre géopolitique indépendant.

Ce que cela signifie pour Israël

Pour le public israélien, le point clé ici n’est pas la terminologie, mais la place d’Israël dans le nouveau système. Si auparavant Israël était souvent décrit à travers le conflit, la sécurité et le contexte arabo-israélien, dans la logique de Soliman et de The National Interest, le pays devient partie intégrante d’un ordre « indo-abrahamique » plus large.

C’est un espace où Israël est lié non seulement aux États-Unis, mais aussi à l’Inde, aux Émirats arabes unis, à l’Arabie saoudite, à l’Égypte, aux routes maritimes, aux technologies, à l’énergie et à la logistique. Dans ce sens, les accords d’Abraham, le format I2U2 avec la participation de l’Inde, d’Israël, des États-Unis et des Émirats arabes unis, ainsi que les projets de corridors régionaux, ne semblent pas être des initiatives séparées, mais des éléments d’une nouvelle architecture. The National Interest pointe directement I2U2 comme un exemple de cette logique.

НАновости — Новости Израиля | Nikk.Agency considère ce sujet comme un signal important pour Israël : le pays s’intègre de moins en moins dans l’ancienne carte du « Moyen-Orient » et se trouve de plus en plus au carrefour entre la Méditerranée, le Golfe Persique, l’Inde et la stratégie américaine de dissuasion de la Chine.

Iran, Inde et le risque d’une grande erreur des États-Unis

La partie la plus sensible de cette discussion est l’Iran. The National Interest avertit : une guerre possible ou une escalade supplémentaire autour de l’Iran ne restera pas un problème interne du « Moyen-Orient ». Elle pourrait frapper l’Asie du Sud, le Pakistan et tout le système de l’océan Indien.

Pour Israël, c’est particulièrement important. Israël est habitué à percevoir la menace iranienne à travers les missiles, le programme nucléaire, les groupes proxy et les réseaux régionaux comme le Hezbollah, les Houthis et d’autres alliés de Téhéran. Mais la discussion américaine, promue par Soliman, propose d’élargir le cadre : l’Iran n’est pas seulement une crise moyen-orientale, mais une faille potentielle entre l’Asie occidentale, l’Asie du Sud et le commerce maritime mondial.

Cette approche rend l’Inde encore plus importante. New Delhi n’est pas simplement un grand pays « quelque part à proximité ». C’est un centre d’attraction pour le commerce, les technologies, l’énergie et la diplomatie. Cependant, l’Inde ne veut pas être un partenaire junior des États-Unis et ne compte pas entrer automatiquement dans des blocs étrangers. Sa stratégie est un équilibrage multilatéral, et c’est précisément ce qui rend la région plus complexe pour Washington.

Pourquoi l’ancienne carte ne fonctionne plus

The National Interest dit en fait aux politiciens américains : on ne peut plus diviser mécaniquement la région en « Moyen-Orient », « Asie du Sud » et « Afrique », si les liens réels traversent ces anciennes divisions. Le gaz du Qatar, le commerce par le canal de Suez, les chaînes industrielles indiennes, les technologies israéliennes, la sécurité du Golfe, le facteur pakistanais et l’influence chinoise — tout cela fonctionne déjà depuis longtemps comme un système unifié.

Mais l’article critique aussi Soliman. L’auteur estime que même le concept d’« Asie occidentale » pourrait ne pas être assez large, car le véritable centre de gravité est tout le bassin de l’océan Indien, y compris l’Afrique de l’Est et certaines parties de l’Asie du Sud-Est.

Cela rend le débat encore plus intéressant. Il ne s’agit pas de savoir comment renommer joliment la région. Il s’agit de savoir si les États-Unis, Israël et leurs partenaires verront la nouvelle carte avant que la Chine, l’Iran, la Russie et d’autres forces intéressées par l’affaiblissement de l’influence américaine ne commencent à la dessiner définitivement.

Pour Israël, la conclusion est pragmatique : la sécurité régionale future dépendra non seulement des frontières avec Gaza, le Liban, la Syrie ou l’Iran. Elle dépendra de l’Inde, des routes maritimes, des alliances technologiques, de l’énergie, de la stratégie américaine et de la capacité de Jérusalem à s’intégrer dans le nouvel ordre non pas comme une périphérie, mais comme l’un des nœuds clés de l’Asie occidentale.