L’Irak montre à nouveau au Moyen-Orient à quoi ressemble un État où le pouvoir n’est pas tant conquis lors des élections que rassemblé à travers de longues négociations entre communautés, partis, clans et centres d’influence externes.
Après les élections parlementaires de 2025, le pays est entré dans une nouvelle phase de négociations sur l’équilibre des pouvoirs. Le nouveau Premier ministre Ali al-Zaidi a prêté serment en mai 2026, mais son cabinet n’a été approuvé que partiellement : le parlement a soutenu 14 ministres, tandis que pour plusieurs postes clés, y compris le bloc de sécurité, aucun accord n’a été trouvé. Cela n’a pas été un simple retard technique, mais un diagnostic politique de tout le système irakien.
L’Irak reste une république parlementaire, mais la logique réelle de la gouvernance y est depuis longtemps construite autour de l’équilibre ethnoconfessionnel. Selon une formule non écrite, le poste de Premier ministre est occupé par un chiite, le président devient un Kurde, et le poste de président du parlement revient à un sunnite. Ce modèle devait empêcher le pays de se désintégrer à nouveau après 2003, mais avec le temps, il s’est transformé en un mécanisme de répartition des ministères, des budgets, des leviers de pouvoir et de l’accès aux ressources.
Muhasasa : un compromis devenu un système de dépendance
En politique irakienne, cela s’appelle « muhasasa » — un système de quotas et d’accords selon lequel les postes clés sont répartis entre les principales communautés et partis.
Sur le papier, cette architecture semble être un moyen d’empêcher un groupe de monopoliser le pouvoir. Pour un pays avec un lourd héritage de dictature, de guerre, d’invasion américaine, de lutte contre l’EIIL et de pression constante des voisins, c’était une tentative de maintenir un équilibre minimal.
Mais en pratique, la muhasasa fonctionne souvent différemment.
Les ministères se transforment en actifs politiques, et pas seulement en organes de gestion. Un parti obtient un ministère — et avec lui, une influence sur les contrats, les nominations, les budgets, la hiérarchie du personnel et les réseaux loyaux. C’est pourquoi la lutte pour le cabinet des ministres en Irak est souvent plus importante que les programmes publics, et les négociations après les élections peuvent être plus dures que la campagne elle-même.
C’est pourquoi le gouvernement partiellement approuvé d’al-Zaidi semble symbolique. Un nouveau pouvoir est apparu formellement, mais les principaux différends n’ont pas disparu. La question n’est pas seulement de savoir qui a occupé les sièges, mais quelles forces ont obtenu l’accès aux leviers de l’État et quels acteurs sont restés insatisfaits.
Pourquoi cela est important pour Israël
Pour Israël, la politique irakienne n’est pas une histoire interne lointaine. L’Irak est au centre d’un arc régional où se croisent les intérêts de l’Iran, des États-Unis, de la Turquie, des pays du Golfe et des groupes armés locaux.
Toute crise à Bagdad peut affecter l’ensemble du système de sécurité du Moyen-Orient : des routes d’approvisionnement des groupes pro-iraniens à l’équilibre des forces autour de la Syrie, de la Jordanie, du Golfe Persique et de la Méditerranée orientale.
C’est pourquoi la question « qui gouverne l’Irak » signifie en réalité autre chose : qui contrôle les armes, l’argent, les frontières, le pétrole, les corridors de transport et la décision politique sur la distance à laquelle Bagdad est prêt à s’éloigner de l’influence de Téhéran.
Trois communautés — mais pas trois monolithes
Souvent, l’Irak est décrit de manière trop simpliste : chiites, sunnites et Kurdes. Ce schéma est pratique, mais il n’explique plus toute la réalité.
Les chiites constituent la majorité de la population du pays. Selon les estimations des bases de données de recherche sur la structure religieuse, les musulmans chiites en Irak représentent environ 60 à 65 % de la population, tandis que les musulmans sunnites représentent environ un tiers, y compris les Arabes sunnites, les Kurdes sunnites et d’autres groupes.
Cependant, la communauté chiite n’est pas unie. En son sein, les partis, les autorités religieuses, les structures armées, les clans, les groupes d’affaires et les mouvements de protestation se concurrencent. Après les élections de 2025, le Conseil de coordination chiite est redevenu un acteur central dans la formation du pouvoir, mais cela ne signifie pas un contrôle total sur toute la rue chiite. Le mouvement sadriste de Moqtada al-Sadr reste une force de mobilisation puissante, même lorsqu’il utilise le boycott comme arme politique.
Le grand ayatollah Ali al-Sistani joue un rôle distinct. Son influence sur les chiites irakiens est immense, mais il ne promeut pas un modèle de gouvernance directe par le clergé à l’image iranienne. Pour l’Irak, c’est une différence fondamentale : l’école religieuse de Najaf conserve son poids, mais ne se transforme pas en une copie du système de Téhéran « velayat-e faqih ».
La communauté sunnite ne ressemble pas non plus à un bloc uni. Après 2003, elle a traversé la marginalisation, la guerre, la radicalisation de certaines régions, la catastrophe de l’EIIL et un retour douloureux à la politique légale. Le parti « Taqaddum » de Mohammed al-Halbousi reste l’un des projets sunnites notables ; après les élections, le nouveau parlement a élu comme président un représentant de ce parti, Haibat al-Halbousi. Mais la présence d’un parti fort ne signifie pas que les sunnites ont un leader reconnu pour toute la communauté.
Le facteur kurde : l’autonomie ne garantit plus la tranquillité
Les Kurdes ont longtemps été considérés comme l’élément le plus stable de la mosaïque irakienne. La région du Kurdistan au nord avait des institutions autonomes, son propre système politique et des relations particulières avec des partenaires externes.
Mais là aussi, l’équilibre devient plus complexe.
La principale rivalité reste entre deux centres de pouvoir — le Parti démocratique du Kurdistan, lié à la famille Barzani, et l’Union patriotique du Kurdistan, historiquement liée à la famille Talabani. Ce n’est pas simplement une concurrence partisane. Derrière cela se cachent différents territoires d’influence, structures de pouvoir, intérêts économiques et approches des relations avec Bagdad, la Turquie, l’Iran et les États-Unis.
Bagdad a renforcé ces dernières années la pression sur l’autonomie financière d’Erbil, notamment autour des revenus pétroliers, du budget et des exportations. Par conséquent, les partis kurdes sont contraints non seulement de se disputer entre eux, mais aussi de chercher une nouvelle formule de relations avec le pouvoir central.
Acteurs externes et question principale : qui contrôle les armes
La politique irakienne n’existe pas indépendamment de la pression extérieure.
L’Iran a construit son influence pendant de nombreuses années à travers les partis chiites, les structures armées et un réseau d’alliés au sein du système irakien. Pour Téhéran, l’Irak n’est pas seulement un voisin, mais une profondeur stratégique, un corridor d’influence et une partie de l’infrastructure régionale de pression.
Les États-Unis, au contraire, exigent la limitation des groupes pro-iraniens et le renforcement du monopole étatique sur les armes. Le nouveau Premier ministre al-Zaidi est déjà confronté à ce dilemme : Washington attend des mesures de désarmement ou au moins de retenue des groupes liés à l’Iran, mais en Irak, ces forces sont depuis longtemps intégrées dans le paysage politique et sécuritaire. Reuters et le Financial Times ont directement indiqué que parmi les principaux défis pour le gouvernement al-Zaidi figurent la lutte contre la corruption, l’équilibre entre Washington et Téhéran et la question des formations armées pro-iraniennes.
La Turquie agit différemment. Ankara renforce sa présence militaire, économique et infrastructurelle dans le nord de l’Irak, tout en promouvant avec Bagdad le projet « Route du développement ». Ce corridor de transport doit relier le port de Grand-Fao au sud de l’Irak à la Turquie et au-delà à l’Europe, transformant le pays en un pont de transit entre le Golfe Persique et les marchés européens.
Au milieu de ce tableau pour NANouvelles — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency, la conclusion régionale est particulièrement importante : l’Irak reste un pays où le compromis interne est presque toujours lié aux intérêts externes. La composition du gouvernement à Bagdad affecte non seulement les villes irakiennes, mais aussi la sécurité de tout le Moyen-Orient.
Pourquoi le gouvernement al-Zaidi n’est pas la fin, mais le début de la négociation
Le cabinet partiellement approuvé d’al-Zaidi montre que le système irakien a de nouveau choisi non pas une rupture brutale, mais une construction temporaire de l’équilibre.
Ce n’est pas la victoire d’un programme unique. C’est le résultat d’une négociation complexe où chaque grand groupe tente de s’assurer des ministères, des flux financiers, des positions de pouvoir et des garanties politiques.
Pour les partis chiites, il est important de conserver le contrôle du noyau du pouvoir. Pour les forces sunnites, il s’agit de ne pas revenir à un état de périphérie politique. Pour les Kurdes, il s’agit de maintenir l’autonomie, l’argent et le droit de négocier avec Bagdad en tant que centre distinct. Pour les États-Unis, il s’agit de limiter l’influence de l’Iran. Pour l’Iran, il s’agit de ne pas perdre la profondeur de l’influence. Pour la Turquie, il s’agit de consolider la direction nord et les corridors de transport.
Un tel Irak peut fonctionner, mais il est difficile à réformer.
Sa faiblesse ne réside pas seulement dans la division entre chiites, sunnites et Kurdes. Le principal problème est plus profond : au sein de chaque communauté, il existe ses propres lignes de fracture, et l’État est constamment obligé d’acheter la stabilité par la répartition des postes et des ressources.
C’est pourquoi la question de l’avenir de l’Irak ne se pose pas ainsi : les trois communautés parviendront-elles à un accord entre elles. La question est plus complexe — Bagdad pourra-t-il construire un État où les ministères cesseront d’être des trophées, où les groupes armés cesseront de rivaliser avec le pouvoir officiel, et où la politique deviendra quelque chose de plus qu’une simple répartition de l’influence.
Pour l’instant, la réponse reste ouverte.
Mais il est déjà clair : le nouveau cabinet al-Zaidi n’est pas la fin de la crise, mais un nouvel étage de cette même architecture de compromis sur laquelle repose l’Irak moderne.