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Au Forum économique international de Saint-Pétersbourg le 3 juin 2026, il a été dit quelque chose qui, dans une politique normale, aurait dû devenir un scandale en une minute. Le fondateur de « Tsargrad », Konstantin Malofeev, et l’idéologue de l’impérialisme russe, Alexandre Douguine, ont présenté des scénarios pour l’avenir de la Russie jusqu’en 2050 — avec la guerre, la capture de villes ukrainiennes et la menace nucléaire comme élément d’une variante « positive ».

La session elle-même s’intitulait « Les principales menaces pour la Russie au deuxième quart du XXIe siècle » et s’est tenue le jour « zéro » du SPIEF-2026 à Saint-Pétersbourg. Selon « Fontanka », Malofeev, Douguine, le gouverneur de la région de Vologda, Georgy Filimonov, et d’autres participants y ont pris la parole ; le rapport de l’institut « Tsargrad » sur les scénarios et les menaces pour la Russie a été discuté.

Ce que Malofeev et Douguine ont présenté au SPIEF

Konstantin Malofeev est le fondateur de la chaîne de télévision « Tsargrad » et l’un des sponsors publics notables de l’agenda impérial ultra-conservateur. Alexandre Douguine est un philosophe et idéologue du « monde russe », dont les idées sont depuis longtemps utilisées comme justification du revanchisme, de la mobilisation anti-occidentale et de la guerre contre l’Ukraine.

Au forum, ils ont présenté trois scénarios pour l’avenir de la Russie : mauvais, inertiel et bon. Dans le mauvais scénario, selon Malofeev, la Russie subit une défaite dans la guerre contre l’Ukraine et dans la confrontation avec l’Occident d’ici 2036, et d’ici 2050, elle se retrouve « colonisée ». Dans le bon scénario, au contraire, Moscou voit une « victoire », la dissolution de l’Union européenne, l’annexion de Kiev, Odessa, Kharkov et la transformation de la Russie en l’un des leaders de la sécurité mondiale.

Ainsi, la logique même du rapport est extrêmement claire. Pour les auteurs, le « mauvais » n’est pas la mort des gens, la destruction des régions, la pauvreté, l’échec démographique ou la dégradation du pays. Le mauvais pour eux, c’est si l’Ukraine reste libre et que le rêve impérial russe ne peut pas planter son drapeau sur une terre étrangère.

La menace nucléaire comme partie d’un avenir « positif »

La partie la plus lourde de cette histoire est l’attitude envers les armes nucléaires. Selon les médias russes, dans la logique du scénario présenté, l’utilisation des armes nucléaires n’a pas été attribuée à la variante « mauvaise » ou même « inertielle », mais s’est retrouvée à côté de la vision d’un avenir puissant et victorieux pour la Russie. « Delovoy Peterburg » a directement rapporté que pour le scénario « bon » de la Russie, il est nécessaire d’utiliser des armes nucléaires, d’annexer Kiev et de devenir le leader absolu.

Ce n’est plus simplement une rhétorique de propagande. C’est une démonstration de la façon dont le rashisme tente de normaliser l’idée même de guerre nucléaire, la présentant non pas comme une catastrophe pour l’humanité, mais comme un outil pour atteindre un objectif géopolitique.

Pour Israël, cette logique est particulièrement compréhensible et particulièrement dangereuse. Un pays qui vit depuis des décennies entouré de menaces connaît bien le prix des mots sur la « dissuasion stratégique », la « guerre sacrée » et la « mission historique ». Lorsque de telles formules sont combinées avec des armes nucléaires, ce n’est plus de la philosophie, mais le langage d’un potentiel massacre de masse.

Pourquoi c’est important pour l’Ukraine et Israël

Au centre du rapport se trouve l’Ukraine. Pas comme un pays indépendant, pas comme un peuple, pas comme un État avec le droit à la sécurité, mais comme un territoire qui, dans le scénario « bon », doit être annexé. Kiev, Odessa, Kharkov ne sont pas nommés comme des villes avec des millions d’habitants, mais comme des trophées dans le projet impérial.

Ce détail montre le principal diagnostic du rashisme : la vie des autres dans un tel tableau ne vaut rien. Ce qui compte, ce n’est pas l’homme, ni la ville, ni l’avenir des enfants, mais la carte, le symbole et la possibilité de dire que l’empire est « de retour ».

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Pour le public israélien, il y a ici un nerf direct. L’Ukraine se bat aujourd’hui non seulement pour son territoire, mais aussi contre un modèle de monde où un régime puissant peut déclarer ses voisins comme une « zone historique », détruire des villes, enlever des enfants, puis discuter de cela comme une option de succès national lors d’un forum économique.

NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency considère de telles déclarations non pas comme un excès interne russe, mais comme un signal pour toute la région. Si le chantage nucléaire devient une partie de la fantaisie politique publique, alors demain un langage similaire pourrait être utilisé par d’autres régimes — du bloc iranien aux proxys terroristes, qui sont également habitués à couvrir l’agression avec des mots sur la « mission » et la « justice ».

La Russie dans ce projet n’est nécessaire à personne

Le plus révélateur, c’est que dans ces scénarios, il y a presque pas de Russie elle-même en tant que pays de gens. Il n’y a pas de conversation normale sur la Sibérie, l’Extrême-Orient, les régions pauvres, les écoles, les hôpitaux, les routes, la démographie, l’industrie et la qualité de vie.

« Vedomosti » a noté que le rapport décrit 15 menaces — de la géopolitique et de la démographie à l’économie, la technologie et l’intelligence artificielle. Mais le centre politique de toute la construction se résume à nouveau à la guerre, l’idéologie, l’autocratie et le modèle de mobilisation.

C’est pourquoi la conversation de Malofeev et Douguine ressemble non pas à une stratégie de développement, mais à un programme de feu éternel. La Russie n’y est pas une maison pour les citoyens, mais un carburant pour la machine impériale. Les gens sont nécessaires comme ressource, l’armée comme outil, le passé comme culte, l’avenir comme justification d’une nouvelle guerre.

Autrefois, après la Seconde Guerre mondiale, le toast humain principal était : « Pourvu qu’il n’y ait pas de guerre ». Dans cette version de l’avenir russe, tout est inversé. La guerre n’est pas une horreur, mais une norme. La menace nucléaire n’est pas une catastrophe extrême, mais un point du scénario. La capture de villes étrangères n’est pas un crime, mais un résultat « positif ».

Le forum de Saint-Pétersbourg comme vitrine de la normalisation dangereuse

Le SPIEF est traditionnellement présenté par Moscou comme une plateforme d’affaires : investissements, économie, partenariats, contrats, invités internationaux. Mais en 2026, l’une des sessions les plus bruyantes a montré un autre côté du forum — non pas l’économie de l’avenir, mais l’imagination politique où l’avenir se construit à travers la guerre.

Le lieu est également important. Saint-Pétersbourg, « Expoforum », enseigne internationale, scène officielle. Ce n’est pas un chat marginal ni une émission nocturne pour les fanatiques. C’est une plateforme publique où les participants discutent de tels scénarios en présence des élites et sous la marque du forum économique.

Pour l’Ukraine, c’est une confirmation supplémentaire : il ne s’agit pas d’un « différend territorial », ni d’une « crise de sécurité » ni d’un malentendu entre voisins. Il s’agit d’une idéologie cohérente de destruction de la subjectivité ukrainienne.

Ce qui reste hors cadre

Hors cadre de tels rapports restent toujours les vraies personnes. Les habitants de Kharkov, Odessa, Kiev. Les familles ukrainiennes qui ont déjà vécu des bombardements, l’occupation, les évacuations, la mort de proches, l’enlèvement d’enfants et la destruction de maisons.

Hors cadre restent aussi les Russes eux-mêmes, que ce système prépare depuis des années non pas à une vie normale, mais au rôle de matériau pour les fantasmes des autres. On leur promet la grandeur, mais pas la sécurité. On leur parle de « justice mondiale », mais on ne leur explique pas pourquoi dans un pays avec d’énormes ressources, il y a si peu d’avenir normal pour ses propres citoyens.

C’est pourquoi la session de Saint-Pétersbourg avec Malofeev et Douguine est importante non seulement comme un épisode de propagande supplémentaire. Elle montre que le rashisme ne cache plus son système de coordonnées : une Ukraine libre pour lui est une défaite, la capture de villes ukrainiennes est un succès, et la guerre nucléaire est un outil acceptable.

Ce n’est pas une stratégie de développement. C’est un diagnostic politique d’un régime qui ne sait pas imaginer l’avenir sans le sang des autres.