Alors que les amateurs de théories du complot débattent de l’emplacement de l’Atlantide et de Shambhala, les archéologues sont occupés par une tâche bien plus complexe et terre-à-terre : la recherche de véritables villes qui furent autrefois les capitales d’empires, puis disparurent comme si elles n’avaient jamais existé. Ces lieux ne sont pas des mythes. Leurs noms sont consignés dans des textes, des tablettes et des chroniques. Mais sur la carte moderne, ils n’y figurent toujours pas.
Il s’agit de centres de pouvoir, d’économie et de religion du monde antique, dont le destin a été étroitement lié aux guerres, aux catastrophes et à l’effondrement des États.
Irisagrig : la ville des lions, de la bière et des temples
L’existence d’Irisagrig a été révélée au monde non pas par des fouilles, mais par le marché noir des antiquités. Après l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003, des tablettes cunéiformes datant d’environ quatre mille ans ont fait leur apparition. Elles racontaient l’histoire d’une ville où les dirigeants vivaient dans des palais, gardaient des lions et des chiens, et où des « bergers de lions » spéciaux, payés en pain et en bière, veillaient sur les prédateurs.
Les tablettes mentionnent le temple du dieu Enki et des festivals religieux réguliers. Selon les documents, Irisagrig était un centre administratif et cultuel. Les archéologues pensent que la ville a été pillée par des maraudeurs pendant la guerre, mais son emplacement exact reste inconnu. Elle existe dans les textes — mais pas dans le paysage.
It-tawi : la capitale perdue des pharaons
Le pharaon Amenemhat I a fondé It-tawi comme nouvelle capitale de l’Égypte. Le nom se traduit par « Celui qui a conquis les deux terres » et reflétait l’ambition politique de l’État unifié. La ville a été un centre de pouvoir jusqu’au XVIIe siècle av. J.-C., lorsqu’elle a été conquise par les Hyksôs.
On suppose qu’It-tawi se trouvait près de Lisht, où les archéologues ont découvert des sépultures élitistes et la pyramide d’Amenemhat I lui-même. Cependant, la capitale elle-même n’a pas encore été retrouvée. Pour l’égyptologie, c’est l’un des manques les plus douloureux : la capitale existe dans les textes, mais est absente de l’archéologie.
Akkad : le cœur du premier empire
Akkad était la capitale de l’empire qui a pour la première fois uni d’immenses territoires — du golfe Persique à l’Anatolie. Cet État a existé entre 2350 et 2150 av. J.-C. et a établi un modèle de gestion impériale pour toute la région.
Le principal édifice cultuel de la ville était le temple Eulmesh, dédié à la déesse Ishtar. Malgré l’importance d’Akkad pour l’histoire de la civilisation, ses ruines n’ont jamais été découvertes. La plupart des chercheurs sont convaincus qu’elles se trouvent quelque part sur le territoire de l’Irak moderne, mais le point sur la carte n’a pas encore été placé.
Al-Yahudu : la ville juive de l’exil
Al-Yahudu est un exemple rare de ville connue principalement grâce au destin de ses habitants. C’était une colonie dans l’empire babylonien, où les Juifs ont été déportés après la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor II en 587 av. J.-C.
Environ deux cents tablettes, découvertes par les archéologues, racontent la vie quotidienne des exilés et comment ils ont préservé leur foi loin de leur patrie. Le nom de la ville signifie littéralement « Ville de Juda ». Son emplacement exact est inconnu, mais la plupart des chercheurs l’associent au sud de la Mésopotamie.
Washshukanni : la capitale disparue de Mitanni
L’empire de Mitanni a existé entre 1550 et 1300 av. J.-C. et contrôlait les territoires de la Syrie, de l’Irak et de l’Anatolie modernes. Sa capitale était la ville de Washshukanni, supposément située au nord-est de la Syrie.
Le peuple hourrite, qui peuplait Mitanni, avait sa propre langue, dont des traces ont été conservées dans des textes diplomatiques et religieux. Mais la ville elle-même n’a jamais été retrouvée. Le centre politique d’une grande puissance s’est dissous dans l’histoire, ne laissant derrière lui que des mentions.
Thinis : le berceau du pouvoir égyptien
Thinis était l’un des centres les plus anciens de l’Égypte. Il y a environ cinq mille ans, c’est de là que régnaient les premiers rois, qui ont jeté les bases de l’État égyptien. La ville était considérée comme sacrée et politiquement significative.
On suppose que ses vestiges se trouvent dans la région de l’Abydos moderne, où des sépultures élitistes et des complexes rituels ont été découverts. Cependant, Thinis en tant que ville n’a pas encore été identifié archéologiquement.
Ces villes n’ont pas disparu sans laisser de traces — elles ont laissé des documents, des noms et des traces dans la mémoire de la civilisation. Mais leur absence physique rappelle que l’histoire n’est pas seulement ce qui est trouvé, mais aussi ce qui est encore caché sous les couches du temps. De tels manques et liens inattendus entre le passé et le présent sont racontés par NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency.