Le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, a pris la parole lors du symposium international « L’Orde d’Or comme modèle de civilisation des steppes : histoire, archéologie, culture, identité », qui s’est tenu à Astana les 19 et 20 mai 2026. Dans son discours, il a qualifié l’Orde d’Or de l’un des plus grands et des plus influents empires d’Eurasie, soulignant son rôle dans le développement des civilisations et la formation de la souveraineté.
Pour le Kazakhstan, ce n’est pas simplement une discussion sur l’archéologie ou l’histoire médiévale.
C’est une partie d’un processus plus large : Astana recompose son propre cadre historique et rejette les vieux clichés impériaux, où les États des steppes étaient longtemps décrits comme des « quasi-États » et les peuples nomades comme une force spontanée sans culture politique complexe.
Tokaïev a déclaré directement qu’au Kazakhstan, il y a une révision active des dogmes et stéréotypes obsolètes qui, pour des ambitions politiques, minimisaient l’importance des empires des steppes. Il a appelé à étudier l’héritage intellectuel de l’Orde d’Or, son système de gouvernance et son modèle économique.
Pourquoi le discours de Tokaïev a-t-il provoqué une réaction nerveuse en Russie
Les ressources prorusses ont perçu le discours de Tokaïev non pas comme une discussion historique, mais comme un geste politique. Dans leur interprétation, le Kazakhstan revendique prétendument l’héritage de l’Orde d’Or tout en diminuant le rôle de la Russie dans l’histoire eurasienne.
Certains commentateurs ont commencé à expliquer ce processus par « l’influence britannique » et « la pénétration turque », affirmant que Londres et Ankara utilisent le thème historique contre Moscou. D’autres ont vu dans le discours de Tokaïev une tentative de présenter le Kazakhstan comme l’héritier principal et plus légitime de l’Orde d’Or.
Un tel débat montre moins une attitude envers l’histoire médiévale qu’une peur de la décolonisation moderne de la mémoire. Si le Kazakhstan parle ouvertement de sa propre souveraineté, de la continuité des institutions des steppes et du rôle de l’Ulus de Djötchi en Eurasie, l’ancien schéma russe « centre – périphérie » commence à se fissurer.
L’histoire devient une question de souveraineté
Pour Astana, l’Orde d’Or ne devient pas un sujet muséal, mais un élément de l’identité nationale. Le Kazakhstan montre que son histoire ne commence pas avec la période soviétique et n’a pas besoin de l’autorisation russe pour interpréter son passé de manière indépendante.
C’est précisément cela qui irrite le plus les cercles impériaux russes.
Lorsque les anciennes républiques soviétiques commencent à parler d’elles-mêmes à travers leurs propres traditions historiques, Moscou perd son outil d’influence habituel. On ne peut pas à la fois exiger une « histoire commune » et interdire aux voisins de lire cette histoire autrement que selon le manuel du Kremlin.
L’Orde d’Or comme défi au mythe impérial russe
Dans la polémique russe, des évaluations plus sévères ont également été exprimées. Un commentaire a qualifié l’Orde d’Or de « machine de contrôle des routes de transit et de collecte de tributs », niant pratiquement sa contribution au développement des civilisations. D’autres ont vu dans le discours de Tokaïev un discours « antirusse » et même « russophobe » qui aurait atteint le niveau étatique.
Mais la simple formulation de la question révèle un point faible de la politique historique russe.
Il est commode pour Moscou de présenter l’Orde d’Or soit comme une obscurité extérieure, soit comme un épisode secondaire, après lequel la Russie se serait inévitablement élevée. Le Kazakhstan propose une autre perspective : les États des steppes avaient des institutions complexes, une économie de transit, des relations diplomatiques et leur propre culture politique.
NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency considère cette discussion comme un exemple important de la manière dont les pays post-soviétiques sortent de la tutelle historique russe. Pour le public israélien, il y a ici un parallèle compréhensible : la lutte pour la mémoire et le droit à sa propre histoire devient souvent une partie de la lutte pour la sécurité, l’indépendance et une place dans le monde moderne.
Pourquoi c’est important dans le contexte de la guerre de la Russie contre l’Ukraine
Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, de nombreux pays de l’espace post-soviétique ont commencé à être plus prudents face aux revendications russes sur les « terres historiques », le « destin commun » et la « protection des russophones ». Pour le Kazakhstan, ces formules sont particulièrement sensibles, car des menaces à l’encontre de ses régions du nord ont déjà été exprimées à plusieurs reprises dans le domaine public russe.
Dans ce contexte, l’appel de Tokaïev à l’héritage de l’Orde d’Or apparaît comme une réponse non seulement aux historiens, mais aussi aux propagandistes politiques. Le Kazakhstan démontre : sa souveraineté a des racines profondes, et son identité n’est pas dérivée de Moscou.
Et ce n’est plus une dispute sur le passé. C’est une discussion sur qui a le droit de déterminer l’avenir de l’Eurasie.
Le Kazakhstan change de route — Moscou perd le monopole
La réaction des ressources prorusses coïncide avec un processus plus large de refroidissement entre le Kazakhstan et la Russie. Astana renforce sa propre subjectivité, élargit ses liens avec la Turquie, la Chine, l’Occident et d’autres partenaires, et participe au développement de routes de transit qui contournent la Russie.
En ce sens, le débat sur l’Orde d’Or se superpose à la géographie économique. Le corridor central à travers la mer Caspienne et le Caucase devient progressivement non seulement une alternative, mais une partie de la nouvelle logistique eurasienne. Pour la Russie, c’est douloureux : elle perd non seulement le contrôle politique, mais aussi le rôle de centre de transit obligatoire.
C’est pourquoi le discours historique de Tokaïev a suscité une réaction aussi vive. À Moscou, on a senti que le Kazakhstan ne parlait pas du passé, mais de l’avenir — de sa propre place entre l’Est et l’Ouest, du droit de choisir ses alliés de manière indépendante et de sortir progressivement de l’ombre de l’ancienne métropole.
Pour Israël, ce sujet est également important car la sécurité régionale aujourd’hui dépend non seulement du Moyen-Orient. L’Asie centrale devient une zone où se croisent les intérêts de la Russie, de la Chine, de la Turquie, de l’Occident et du monde musulman. Le Kazakhstan, en renforçant sa subjectivité historique et politique, peut jouer un rôle de plus en plus autonome dans ce système complexe.
Le discours de Tokaïev sur l’Orde d’Or n’était pas simplement une déclaration culturelle. Il a montré que la carte post-soviétique change plus profondément qu’il n’y paraît à première vue. Les anciennes républiques ne veulent plus être un appendice du passé russe — elles construisent leur propre langage de mémoire, de diplomatie et d’avenir.