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Le sommet entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin ressemblait à une grande scène pour la discussion entre les deux dirigeants, mais le véritable sens de la rencontre pourrait ne pas résider dans le protocole, les poignées de main ou les formulations diplomatiques. L’essentiel se passait dans la tête du dirigeant chinois : il regarde l’Ukraine, l’échec de l’armée russe et comment la guerre a changé les perceptions de la puissance des grandes puissances.

Richard Haass, l’un des experts américains les plus connus en politique étrangère, parle en fait d’un moment où Pékin a reçu une leçon vivante de la guerre moderne. La Russie, que la Chine considérait depuis de nombreuses années comme un partenaire stratégique et une puissance militaire, s’est embourbée en Ukraine et a subi ce que Haass appelle une défaite catastrophique. Pour Xi, ce n’est pas une théorie. C’est un avertissement.

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L’Ukraine comme miroir pour la Chine

La Chine construit depuis longtemps l’image d’une puissance capable d’agir avec fermeté, rapidité et sans hésitation. Mais le problème est que l’armée chinoise moderne a presque pas d’expérience de combat réelle. Le dernier grand conflit militaire de la Chine remonte à la fin des années 1970, et parmi les généraux chinois en activité, aucun n’a commandé des troupes dans une grande guerre moderne.

C’est pourquoi l’Ukraine est devenue pour Pékin non seulement une nouvelle. C’est un terrain d’essai pour les erreurs des autres, que la Chine observe très attentivement.

La Russie est entrée en guerre contre l’Ukraine avec le sentiment que la taille, le statut nucléaire, l’héritage soviétique et la verticale du pouvoir garantiraient le résultat. Mais la guerre a montré autre chose : une grande armée peut se révéler maladroite, la corruption détruit la capacité de combat, et un pays plus petit peut imposer à l’adversaire un nouveau type de guerre.

Les drones ont changé l’équilibre

Une leçon particulièrement douloureuse pour Moscou a été le développement ukrainien de la guerre par drones.

L’Ukraine a réussi à transformer les drones non pas en un outil auxiliaire, mais en l’un des éléments clés des opérations de défense et d’offensive. Cela est important non seulement pour l’Europe, mais aussi pour l’Asie.

Si Xi pense à Taïwan, il ne peut ignorer l’expérience ukrainienne. Toute opération contre l’île sera plus complexe qu’une invasion terrestre. Il y aura la mer, l’air, la logistique, les missiles, les risques sous-marins, les cyberattaques, les alliés de Taïwan et la défense technologique.

Et si la Russie, ayant une frontière terrestre avec l’Ukraine, n’a pas réussi à atteindre ses objectifs, alors pour la Chine, la question de Taïwan semble bien moins simple qu’elle ne pourrait paraître sur les cartes militaires de parade.

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Trump, Xi et le danger d’un grand échange

La rencontre à Pékin est également importante car elle se déroule sur fond de plusieurs crises à la fois. Ukraine, Iran, Taïwan, commerce, intelligence artificielle, livraisons d’armes, confiance des alliés envers les États-Unis — tous ces sujets sont plus liés entre eux qu’il n’y paraît.

Richard Haass attire l’attention sur un moment inquiétant : Donald Trump perçoit souvent la politique étrangère à travers la logique des affaires. Pour lui, les accords, les exportations, les résultats rapides, la chimie personnelle avec les dirigeants sont importants. Mais la sécurité internationale ne s’inscrit pas toujours dans le format d’un accord.

Xi, au contraire, agit différemment.

La culture politique chinoise est construite sur le contrôle, le scénario, les signaux calculés et le jeu à long terme. Pour Pékin, l’imprévisibilité de Trump n’est pas un avantage, mais un facteur de risque. La Chine peut essayer de comprendre où se trouvent les lignes rouges du président américain et où il y a de l’espace pour la pression.

L’Iran comme front de distraction

Un risque distinct est lié à l’Iran.

La Chine achète du pétrole iranien, maintient des relations avec Téhéran et est intéressée à ce que le détroit d’Ormuz reste ouvert. Mais cela ne signifie pas que Pékin est prêt à exécuter les souhaits de Washington ou à faire pression sur l’Iran comme le voudrait le président américain.

De plus, pour la Chine, il y a un autre aspect de la situation. Plus l’Amérique s’enlise au Moyen-Orient, moins il reste de ressources, d’attention et de munitions pour la région indo-pacifique. Cela concerne directement Taïwan.

Pour Israël, cette conclusion est particulièrement importante. Lorsque les États-Unis sont simultanément impliqués dans la guerre en Ukraine, la crise au Moyen-Orient et la dissuasion asiatique de la Chine, chaque nouveau conflit commence à influencer l’équilibre global des capacités américaines.

NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency examine ces scénarios précisément dans ce lien : l’Ukraine, Israël, l’Iran, les États-Unis et la Chine n’existent plus dans des boîtes d’information séparées. Un front influence un autre, et la faiblesse dans une région est rapidement perçue par les adversaires dans une autre.

Taïwan — la question principale pour Xi

Pour Xi Jinping, Taïwan n’est pas seulement un sujet diplomatique.

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C’est une question d’héritage historique personnel. Les prédécesseurs du dirigeant chinois ont laissé derrière eux divers symboles : la guerre civile, le retour de Hong Kong, l’ouverture économique de la Chine. Pour Xi, un tel symbole pourrait être la tentative de ramener Taïwan sous le contrôle de Pékin.

C’est pourquoi dans la conversation avec les États-Unis, la Chine revient sans cesse à Taïwan. Pékin a besoin non pas de belles déclarations, mais de signaux pratiques : l’Amérique continuera-t-elle à fournir des armes, fera-t-elle pression sur Taipei, est-elle prête à défendre l’île et dans quelle mesure Washington est-il encore capable de tenir parole devant ses alliés.

Haass parle d’incertitude stratégique — une ancienne politique américaine selon laquelle la Chine ne doit pas être sûre que les États-Unis interviendront, et Taïwan ne doit pas être sûr qu’il sera automatiquement sauvé. Mais aujourd’hui, cette incertitude est devenue plus dangereuse. Autrefois, elle était un outil de dissuasion, mais maintenant elle peut sembler être une faiblesse.

Si l’Amérique ne vient pas, les alliés tireront des conclusions

Taïwan est important non seulement à cause des puces, bien que la production de semi-conducteurs avancés soit en soi une question d’économie mondiale. Taïwan fait également partie du système d’alliances américaines en Asie. Le Japon, la Corée du Sud, l’Australie, les Philippines et d’autres partenaires regardent non seulement Taipei, mais aussi Washington.

Si les États-Unis ne peuvent ou ne veulent pas défendre Taïwan, les conséquences dépasseront largement les frontières de l’île. Certains pays commenceront à chercher des accords avec la Chine, d’autres — leurs propres garanties de sécurité, y compris une possible dissuasion nucléaire. Ce n’est plus une crise locale, mais une réorganisation de toute l’architecture de sécurité.

Pour Israël, il y a ici une leçon directe. Les petits et moyens États observent attentivement comment les grands alliés remplissent leurs obligations. Si la confiance dans la protection américaine s’affaiblit en Asie ou en Europe, cela est inévitablement discuté aussi au Moyen-Orient.

la Russie perd non seulement face à l’Ukraine, mais aussi son rôle

L’une des évaluations les plus sévères de Haass concerne la Russie.

Il dit en fait que Moscou a échoué dans sa tentative de créer une sphère d’influence en Europe. L’Ukraine est devenue un exemple de la façon dont un État qui devait être un objet de pression s’est transformé en centre de résistance.

La Russie conserve des armes nucléaires, mais ses forces armées conventionnelles ont montré leur faiblesse. Elle peut exporter des ressources énergétiques, menacer, détruire, faire du chantage, mais elle ne semble plus être une puissance capable d’offrir au monde un modèle de développement ou de sécurité durable.

C’est important pour la Chine. Pékin voit qu’une aventure militaire peut ne pas renforcer le pouvoir, mais montrer ses limites. Xi voit que même un système autoritaire avec d’énormes ressources peut se tromper dans ses calculs, sous-estimer l’adversaire et surestimer sa propre armée.

L’Europe n’est plus sûre des États-Unis

Une autre conclusion inquiétante concerne les alliés de l’Amérique. Selon Haass, de nombreux Européens ne sont plus sûrs que les États-Unis viendront automatiquement à l’aide en cas de nouvelle attaque russe contre les pays de l’OTAN, par exemple l’Estonie. Le simple fait qu’une telle question doive être posée montre déjà la profondeur de la crise de confiance.

Après des décennies de dépendance aux garanties américaines, l’Europe est obligée de repenser sa sécurité. Mais l’autonomie ne se construit pas en un an. Elle nécessite de l’industrie, des armées, de la volonté politique, de l’argent et la volonté de la société de prendre des décisions difficiles.

Cet intervalle entre l’ancienne dépendance aux États-Unis et la nouvelle autonomie européenne peut devenir le plus dangereux. Ce sont précisément ces périodes que les régimes agressifs aiment : lorsque les anciennes règles ne fonctionnent plus et que les nouvelles ne sont pas encore établies.

Intelligence artificielle et nouvelle course des puissances

Dans la conversation, Haass met en avant l’intelligence artificielle.

Ici, selon lui, le véritable « grand duo » existe vraiment : les États-Unis et la Chine dominent dans ce domaine, et les autres pays sont nettement en retard.

Mais leurs modèles de développement sont différents. La Chine construit l’IA de haut en bas, à travers l’État, le contrôle et la planification stratégique. Les États-Unis la développent à travers les entreprises, la Silicon Valley, les investissements et l’initiative privée. Les deux modèles ont des avantages et des risques.

Haass ne croit pas que l’Amérique et la Chine pourront s’entendre sur un contrôle complet de l’IA par analogie avec les traités sur les armes nucléaires. La raison est simple : les technologies changent trop rapidement, sont trop largement appliquées et trop importantes pour l’économie, l’armée et la politique intérieure.

L’IA deviendra une question politique

Dans les années à venir, selon Haass, la discussion sur l’intelligence artificielle sortira du milieu des experts pour entrer dans la grande politique. La société débattra des centres de données, de l’énergie, de la réglementation, des emplois, des impôts et du rôle de l’État.

Cela concerne aussi Israël. L’économie israélienne est étroitement liée aux technologies, à la cybersécurité, aux développements militaires et aux startups. Par conséquent, la course mondiale entre les États-Unis et la Chine dans l’IA influencera non seulement la Silicon Valley ou Pékin, mais aussi le secteur technologique israélien.

La question n’est plus de savoir si l’IA apparaîtra dans la défense, la diplomatie, le renseignement et l’économie.

Elle est déjà là.

La question est de savoir qui contrôlera les règles, l’infrastructure et les conséquences politiques.

Le monde bouge comme des plaques tectoniques

La pensée principale de la conversation de Haass ne se résume pas à un pays ou un sommet.

Il parle d’un monde où les anciens piliers se sont affaiblis et où les nouveaux ne sont pas encore stables. L’Amérique ne semble plus être l’architecte incontesté de l’ordre international. La Chine se renforce, mais elle-même craint les erreurs. La Russie est devenue une force révisionniste, mais s’est embourbée en Ukraine. L’Iran continue d’être une source de menace pour Israël et la région.

Dans un tel système, chaque événement commence à résonner plus fort. La guerre en Ukraine influence les calculs de la Chine sur Taïwan. La crise iranienne influence les capacités américaines en Asie. La méfiance de l’Europe envers les États-Unis influence le comportement de la Russie. La course technologique influence la planification militaire.

Pour le public israélien, cette conversation est importante non pas comme une discussion américaine lointaine. Israël vit dans une région où la faiblesse des alliés, la force des ennemis et les erreurs des grandes puissances se transforment rapidement en menaces réelles. C’est pourquoi la leçon de l’Ukraine n’est pas seulement une histoire ukrainienne. C’est un avertissement à tous ceux qui pensent que la guerre sera courte, la victoire garantie, et le voisin plus faible qu’il n’y paraît. Xi Jinping regarde peut-être l’Ukraine et tire des conclusions. La question est de savoir lesquelles. Une conclusion pourrait dissuader la Chine d’une aventure contre Taïwan. Une autre pourrait pousser Pékin à chercher un moment où l’Amérique sera trop étendue, trop fatiguée et trop occupée par d’autres guerres.

C’est pourquoi la défaite de la Russie en Ukraine est devenue un événement de portée mondiale. Elle montre qu’une grande puissance peut se tromper, que les technologies brisent les anciens calculs, et qu’un peuple défendant son pays peut changer la stratégie de tout un empire.