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En Europe, on parle à nouveau de contacts directs avec la Russie — et ce n’est plus un bruit diplomatique sur fond de guerre, mais le signe d’un changement plus profond. La politique des États-Unis sous Donald Trump coïncide de moins en moins avec les intérêts de l’Europe, et les tentatives de Washington de faire rapidement passer l’Ukraine et la Russie à un régime de silence semblent de plus en plus vulnérables.

Fin mai, à Chypre, les ministres des Affaires étrangères des pays de l’Union européenne doivent discuter de l’opportunité pour l’UE de lancer une piste de négociation distincte avec Moscou et des exigences à poser au Kremlin. La question est douloureuse : parler avec la Russie, qui continue la guerre contre l’Ukraine, est dangereux. Mais faire semblant que la médiation américaine reste un pilier fiable devient également de plus en plus difficile pour l’Europe.

L’Europe cherche sa voix : pourquoi le sujet des négociations est-il revenu

Le président finlandais Alexander Stubb a déclaré qu’il était temps pour l’Europe de commencer à parler avec la Russie. Il n’a pas donné de date précise ni proposé de formule prête à l’emploi, mais l’essence de sa position est claire : les Européens ne peuvent plus dépendre entièrement de l’approche américaine de la guerre si cette approche ne reflète plus leurs intérêts.

Actuellement, dans les capitales européennes, on discute de qui pourrait précisément entrer en contact avec Moscou. Cela pourrait être un envoyé spécial, un groupe de dirigeants ou un autre format. Il n’y a pas encore de décision finale, et cela montre précisément la complexité du moment : l’Europe comprend la nécessité d’un canal propre, mais craint de donner l’impression que le Kremlin obtient à nouveau le droit de dicter les conditions.

Poutine a rapidement tenté d’exploiter cette pause. Après le défilé de Moscou du 9 mai, il a déclaré que l’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder conviendrait à l’UE en tant que négociateur.

Ce geste ne ressemblait pas à une phrase accidentelle, mais à un piège politique. Schröder est depuis longtemps perçu en Europe non pas comme une figure neutre, mais comme une personne étroitement liée aux entreprises d’État russes et personnellement au cercle de Poutine. Jusqu’en mai 2022, il présidait le conseil d’administration de Rosneft, et sa candidature a donc immédiatement suscité une réaction vive.

Pourquoi Schröder est-il devenu un irritant

L’Ukraine a immédiatement fait savoir qu’une telle option était inacceptable. Le ministre des Affaires étrangères Andriy Sybiha a déclaré que Kiev ne soutiendrait pas cette candidature. La chef de la diplomatie européenne Kaja Kallas s’est exprimée encore plus durement : elle a rappelé que Schröder était en fait assis des deux côtés de la table, restant lié aux affaires russes.

Pour Israël, ce détail est également important. Le public israélien comprend bien qu’un médiateur dans une guerre ne peut pas être une personne en qui seul l’agresseur a confiance. Dans toute configuration complexe — qu’il s’agisse du Moyen-Orient, de l’Ukraine ou de la sécurité européenne — le négociateur doit être acceptable pour les deux parties, sinon il se transforme non pas en canal de paix, mais en instrument de pression.

C’est pourquoi les mots de Kallas ont résonné si durement : si l’Europe permet à la Russie de nommer un négociateur au nom de l’Europe elle-même, cela ne deviendra pas de la diplomatie, mais une capitulation devant la logique du Kremlin.

Trump voulait une trêve, mais le Kremlin a montré le prix des illusions

La « trêve » de trois jours, liée au 9 mai, s’est terminée à minuit le 12 mai. Il était difficile de l’appeler un véritable régime de silence. Selon Volodymyr Zelensky, il n’y avait pas de calme dans les zones et communautés proches du front.

Donald Trump présentait cette pause comme une chance pour un cessez-le-feu ultérieur. Il l’expliquait par la symbolique du Jour de la Victoire, rappelant que l’Ukraine avait également joué un rôle important pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus tard, le président américain a exprimé l’espoir que le régime de silence pourrait être prolongé.

Mais Poutine ne s’est pas montré intéressé par un tel scénario. De plus, le Kremlin a fait échouer le sujet d’un échange massif de prisonniers au format 1000 contre 1000, également annoncé par Trump. Cela a été un coup non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour l’image du président américain lui-même : Moscou a en fait montré qu’elle pouvait utiliser ses initiatives, mais n’était pas obligée de répondre même aux attentes minimales.

Déclarations sur la « fin de la guerre » et réalité du front

Après le défilé à Moscou, Poutine a déclaré que la guerre était censée se terminer. Cette phrase s’est rapidement répandue dans les médias, mais dans le même discours, il a dit autre chose : les troupes russes, selon lui, devaient se concentrer sur la tâche de « défaite totale de l’ennemi ».

C’est-à-dire que le Kremlin vend simultanément au monde un indice de paix et continue la rhétorique de destruction de l’Ukraine. C’est précisément là que réside la tactique russe habituelle : créer un brouillard diplomatique, gagner du temps, regrouper les forces, puis accuser l’autre partie de faire échouer le processus.

Le ministre de la Défense allemand Boris Pistorius, lors d’une visite à Kiev le 11 mai, a déclaré directement que les déclarations de Poutine sur une possible fin de la guerre pourraient être une nouvelle tentative de tromperie. Si le Kremlin voulait vraiment la paix, il pourrait retirer ses troupes ou proposer des négociations concrètes sans conditions préalables.

Cette évaluation est également importante pour le Moyen-Orient. En Israël, on connaît depuis longtemps le prix des régimes de silence qui, sur le papier, semblent beaux, mais sur le terrain se transforment en pause pour le regroupement de l’ennemi. C’est pourquoi l’expérience ukrainienne est perçue ici non pas comme une histoire étrangère, mais comme un avertissement.

Au milieu de cette discussion, НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency attire l’attention sur le principal nerf de l’intrigue : il ne s’agit pas seulement de négociations entre l’Ukraine et la Russie, mais d’une crise de la médiation occidentale, où l’Europe est obligée de décider si elle est prête à agir de manière plus autonome.

Si les États-Unis se retirent : quel scénario reste-t-il à l’Europe

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio, lors d’une visite à Rome, a déclaré que les négociations entre l’Ukraine et la Russie sous médiation américaine étaient dans l’impasse. Le dernier round, selon le matériel, a eu lieu en février à Abu Dhabi. Kiev a ensuite proposé de se rencontrer à Istanbul, mais les Russes ont rejeté de telles options.

Ensuite, l’assistant du chef du Kremlin, Yuri Ushakov, a déclaré qu’un nouveau round de négociations n’avait pas de sens tant que Kiev ne retirait pas ses troupes du Donbass. En fait, Moscou a de nouveau posé une condition qui signifie une demande de capitulation ukrainienne avant même le début de la conversation.

C’est là le principal blocage. La Russie appelle négociations non pas la recherche d’un compromis, mais une tentative de forcer l’Ukraine à reconnaître sa défaite. Tout médiateur qui ignore cette différence joue d’avance du côté du Kremlin.

Trump, les élections et la pression sur l’Ukraine

L’administration Trump a besoin de victoires en politique étrangère avant les élections de mi-mandat au Congrès. Mais un succès rapide sur la question ukrainienne ne se concrétise pas. Au contraire, la partie russe montre qu’elle peut publiquement soutenir les initiatives américaines, puis les détruire sans conséquences sérieuses.

Le matériel souligne séparément que le mécontentement face aux actions de Trump grandit aux États-Unis. La politique intérieure est sous pression des prix, du conflit au Moyen-Orient, des tensions autour de l’Iran et du sentiment que Washington perd le contrôle sur plusieurs fronts à la fois.

Pour l’Europe, c’est un signal inquiétant. Si les États-Unis commencent à faire pression sur l’Ukraine pour une belle image avant les élections, les Européens devront soit observer en silence, soit assumer une plus grande part de responsabilité pour la sécurité du continent.

Cela est particulièrement douloureux après les rapports sur le retrait de certaines troupes américaines d’Allemagne. Pour les pays d’Europe de l’Est et du Nord, une telle démarche est perçue non pas comme une décision technique du Pentagone, mais comme une question de confiance dans les garanties de sécurité américaines.

Trois scénarios de Stubb

Alexander Stubb estime qu’un accord de paix complet dans la guerre de la Russie contre l’Ukraine est peu probable cette année. Il parle de trois scénarios possibles : la poursuite de la guerre, une trêve suivie d’un accord de paix ou l’effondrement de l’une des parties.

Selon lui, si l’on parle du risque d’effondrement, il est plus probable du côté de la Russie. C’est une pensée importante, car le débat européen est souvent construit autour de la peur de l’escalade russe, mais plus rarement autour de la vulnérabilité du système russe lui-même.

L’Ukraine, malgré le coût énorme de la guerre, ne semble pas brisée. De plus, selon The Economist, pour la première fois en trois ans, l’initiative stratégique sur le champ de bataille commence à passer à l’Ukraine, et l’offensive de printemps russe, sur laquelle Moscou fondait de grands espoirs, a en fait échoué.

Cela ne signifie pas une fin rapide. Mais cela change l’arithmétique des négociations. Plus l’armée ukrainienne est forte et plus le soutien européen est stable, moins le Kremlin a de chances d’imposer un scénario de capitulation sous couvert de « paix ».

Pour Israël, il y a ici une autre couche. L’Ukraine s’oppose à la Russie, qui est de plus en plus liée à l’Iran — ennemi à la fois de l’Ukraine et d’Israël. Par conséquent, la capacité européenne à maintenir la pression sur Moscou concerne directement non seulement Kiev, mais aussi toute l’architecture de sécurité, y compris le Moyen-Orient.

Le carrefour final ressemble à ceci : l’Europe peut attendre que Washington change à nouveau de cap, ou elle peut construire sa propre ligne — avec un soutien militaire à l’Ukraine, une pression par les sanctions sur la Russie et une compréhension claire que les négociations sans force se transforment en invitation au chantage.

Poutine voulait montrer qu’il pouvait choisir des médiateurs pour l’Europe et mettre Trump dans une position inconfortable. Mais au final, il n’a fait qu’accélérer une question qui mûrissait depuis longtemps : l’Europe est-elle capable de parler à Moscou non pas avec la voix de la peur, mais avec la voix de la force.