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Le 7 avril 2026, un texte (ukr.) du journaliste juif ukrainien Vitaliy Portnikov est paru, intitulé «Israël et l’Ukraine sont condamnés à vivre dans les conditions de la logique du compte à rebours». Son idée centrale est dure, mais compréhensible pour les lecteurs israéliens et ukrainiens : pour Israël, la menace n’a pas commencé le 7 octobre 2023, et pour l’Ukraine — le 24 février 2022. Selon cette logique, le compte à rebours commence au moment de la naissance de l’État, si l’espace voisin ne reconnaît pas initialement le droit même de cet État à exister.

Dans le cas d’Israël, Portnikov désigne le 14 mai 1948 comme ce point — le jour de la proclamation de l’indépendance, après lequel la guerre avec les pays arabes a presque immédiatement commencé. Dans le cas de l’Ukraine — le 24 août 1991, lorsque l’indépendance a été juridiquement formalisée, mais à Moscou, elle n’a jamais été perçue comme une réalité définitive. Ici, on peut discuter des formulations, mais il est difficile de contester le sentiment de base : Israël et l’Ukraine vivent depuis trop longtemps non pas dans la logique d’un monde stable, mais dans celle d’une menace différée.

Pour le public israélien, cette thèse est particulièrement douloureuse, car elle touche à l’un des sujets les plus désagréables des dernières années. Même lorsque l’armée est forte, les alliés sont proches, et les constructions diplomatiques semblent impressionnantes, le sentiment de temporalité stratégique ne disparaît pas. La menace peut changer de forme, mais ne disparaît pas dans son essence.

Pourquoi après le 7 octobre, le débat ne porte plus sur les événements, mais sur le fondement

Après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, l’idée s’est vraiment renforcée dans le débat occidental et moyen-oriental qu’Israël entre dans une nouvelle phase de pression historique. Mais Portnikov, en fait, ne conteste pas l’inquiétude elle-même, mais la date de son début. Il dit : l’erreur n’est pas que le danger existe, mais que beaucoup continuent de faire semblant qu’il n’est apparu que maintenant.

C’est une remarque importante.

Parce que si l’on considère la crise comme un dysfonctionnement temporaire, alors les solutions recherchées sont temporaires : un autre sommet, une autre opération, un autre médiateur, un autre paquet de garanties. Mais si le problème est plus profond et lié à un rejet persistant de l’État juif par une grande partie de l’espace environnant, alors la question n’est plus seulement celle de la victoire militaire sur un ennemi de plus, mais d’une reconnaissance plus lourde : le déficit de sécurité est intégré dans la structure même de la région.

L’illusion de la force, l’illusion de la paix et le problème de la volonté publique

Pourquoi les documents ne sont pas toujours synonymes de sécurité

L’une des idées les plus fortes du texte est que la véritable sécurité ne se définit pas seulement par les accords entre États, mais aussi par la volonté des sociétés. Pour Israël, c’est particulièrement sensible. Sur le papier, on peut signer des documents, construire des coalitions et établir des canaux de dissuasion, mais si la conscience de masse dans les sociétés voisines n’accepte pas le simple fait de l’existence d’Israël comme une norme, une telle paix reste fragile et temporaire.

C’est ici que s’effondre l’ancienne illusion du « nouveau Moyen-Orient », dont de nombreux politiciens et intellectuels israéliens ont rêvé pendant des décennies. Oui, les percées diplomatiques sont importantes. Oui, les accords avec les États arabes changent la carte de la région. Mais ils n’annulent pas la question principale : un accord intérieur est-il né chez l’homme ordinaire de l’autre côté de la frontière avec le fait qu’Israël a le droit d’être non pas un épisode temporaire, mais une réalité permanente.

Portnikov conduit à une conclusion désagréable mais compréhensible : tant qu’un tel accord n’existe pas, la sécurité d’Israël repose sur la force, sur un partenariat limité et pas toujours garanti avec les États-Unis et sur une préparation constante à une nouvelle escalade.

Ce n’est pas une vision romantique de l’avenir. C’est presque une comptabilité de survie.

Pourquoi l’Ukraine regarde cela presque avec les mêmes yeux

La partie ukrainienne de cette logique est particulièrement importante pour le lecteur israélien. L’Ukraine a également vécu trop longtemps avec la tentation de croire qu’il est possible de s’entendre avec le voisin impérial dans le cadre de compromis, de papiers, de formules, de trêves temporaires et de décisions différées. Mais la réalité a montré autre chose : si dans la capitale voisine, la subjectivité même de ton État est perçue comme une « erreur de l’histoire », la question n’est que de savoir quand et comment cette « erreur » sera tentée d’être corrigée par la force.

C’est pourquoi la comparaison entre Israël et l’Ukraine est si frappante. Les deux pays existent dans des zones où l’adversaire pense souvent non pas en termes de coexistence, mais en termes d’annulation. D’où le sentiment commun du temps comme une ressource comprimée : ne pas se détendre, ne pas être en retard, ne pas construire d’illusions plus longtemps que ne le permet la situation stratégique.

NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency souligne dans ce contexte : pour les Israéliens, l’expérience ukrainienne est importante non pas comme une tragédie européenne lointaine, mais comme un miroir. On y voit trop bien ce qui se passe lorsque la culture politique voisine ne reconnaît pas ta souveraineté non pas tactiquement, mais fondamentalement.

Ce qui en découle pour Israël et l’Ukraine

Vivre dans la logique de la menace — ne signifie pas se transformer en elle

La conclusion la plus lourde de cette logique est que ni Israël, ni l’Ukraine n’ont de solution simple et définitive à l’horizon historique proche.

Pour Israël, le meilleur scénario serait un Moyen-Orient où le droit de l’État juif à exister est reconnu non seulement par les signatures des dirigeants, mais aussi au niveau de la conscience publique.

Pour l’Ukraine — une Russie ayant renoncé au modèle impérial et à l’idée d’absorber ses voisins.

Mais Portnikov indique clairement : aucun de ces scénarios ne semble proche pour le moment.

Cela signifie qu’il reste une formule plus sévère. Il ne suffit pas de contenir l’ennemi, mais il faut le faire de manière à ne pas se transformer en son reflet. C’est une pensée particulièrement proche de la société israélienne après un an et demi de guerre très dure, d’épuisement moral et de débat constant sur les limites de la force, de la nécessité et de l’autoconservation.

En ce sens, l’article de Portnikov est important non seulement comme réflexion ukrainienne sur Israël. Il est important comme rappel que certains États ne vivent pas dans une époque post-historique, mais à l’intérieur de l’histoire, où la date de fondation n’est pas la fin de la lutte, mais son début.

Et peut-être que la conclusion la plus désagréable, mais aussi la plus honnête, est précisément celle-ci : Israël et l’Ukraine ne peuvent pas se permettre le luxe de l’auto-illusion politique. Lorsque des forces voisines continuent de te voir non pas comme un voisin, mais comme une erreur, la question de la survie cesse d’être un sujet de crise temporaire et devient une discipline longue pour toute une génération.