La Turquie change l’équilibre : pourquoi c’est important non seulement pour l’Ukraine
La Turquie s’éloigne de plus en plus de l’ancien jeu complexe avec Moscou et aide l’Ukraine à s’établir là où, il n’y a pas si longtemps, la Russie se sentait presque comme une force incontournable. Il ne s’agit pas seulement de diplomatie, mais aussi du Moyen-Orient – une région directement importante pour Israël, la sécurité de la Méditerranée orientale et tout le système des alliances régionales.
Le prétexte pour une nouvelle discussion a été la publication dans The New York Times, où la chercheuse Gönül Tol a décrit l’effondrement de l’ancien lien turco-russe et la montée du rôle ukrainien avec le soutien d’Ankara.
Le sens de cette histoire est simple, mais douloureux pour le Kremlin : Erdogan ne semble plus être le partenaire junior de Poutine.
C’est maintenant la Turquie qui aide Volodymyr Zelensky à ouvrir des portes dans une région où Moscou a longtemps construit son influence à travers la Syrie, les armes, l’énergie et des accords personnels avec des régimes autoritaires.
De la Syrie à l’Ukraine : comment l’alliance entre Ankara et Moscou a commencé à se fissurer
Il y a environ dix ans, la guerre en Syrie a créé un partenariat étrange, presque paradoxal entre la Turquie et la Russie. Moscou sauvait le régime de Bachar al-Assad, le soutenait avec son aviation, ses conseillers militaires et une couverture politique.
Ankara, au contraire, misait sur les opposants d’Assad.
Sur le papier, cela aurait dû conduire à une confrontation directe. Mais Poutine et Recep Tayyip Erdogan ont trouvé une formule : concurrencer, faire pression l’un sur l’autre, mais ne pas rompre complètement les relations. Pour Moscou, c’était pratique, car la Turquie lui ouvrait un espace de manœuvre à côté de l’OTAN. Pour Erdogan, cela fonctionnait aussi – surtout dans le contexte de relations tendues avec l’Occident.
Mais la guerre de la Russie contre l’Ukraine a changé cette construction.
Après le 24 février 2022, Poutine s’est retrouvé beaucoup plus dépendant des pays qui ne se sont pas joints aux sanctions occidentales. La Turquie a refusé de fermer complètement les canaux économiques et diplomatiques à Moscou, mais en même temps, elle n’a pas renoncé à l’Ukraine.
C’est là qu’est apparue une nouvelle logique turque : parler à la Russie, mais renforcer Kiev.
Pourquoi la chute de l’influence de la Russie en Syrie est devenue un tournant
Le véritable coup porté à la position russe au Moyen-Orient, selon cette logique, est survenu après la chute du régime d’Assad à la fin de 2024. Pour Moscou, ce n’était pas seulement une crise syrienne, mais une défaite symbolique de toute la stratégie moyen-orientale.
La Russie montrait depuis des années la Syrie comme une preuve de sa force : contrairement à l’Occident, Moscou ne lâche pas ses alliés.
Mais lorsque les ressources du Kremlin ont été absorbées par la guerre contre l’Ukraine, la capacité de protéger les anciens régimes a fortement diminué. La Syrie est devenue pour la Russie non pas un bastion de force, mais un rappel que la guerre en Ukraine épuise ses capacités de politique étrangère.
La Turquie, au contraire, est sortie de cette crise beaucoup plus confiante.
Pour Israël, ce tournant a une signification particulière. Le Moyen-Orient se souvient bien de qui sait maintenir son influence et de qui ne fait qu’imiter la puissance mondiale. Lorsque la présence russe s’affaiblit, d’autres acteurs prennent sa place – la Turquie, l’Ukraine, les pays du Golfe, ainsi que de nouvelles coalitions temporaires en matière de sécurité, d’énergie et de technologies militaires.
Et ici, l’Ukraine n’apparaît plus seulement comme un pays qui demande de l’aide.
Elle se présente de plus en plus comme un État ayant accumulé une véritable expérience de combat contre l’armée russe, et cette expérience devient une ressource d’exportation précieuse.
Zelensky en Syrie : un geste que Moscou ne pouvait pas ignorer
La visite de Volodymyr Zelensky en Syrie, qui, selon les récits de la publication, a eu lieu à bord d’un avion gouvernemental turc, a été particulièrement révélatrice.
Ce n’est pas juste un détail logistique.
Lorsque le président ukrainien arrive dans la région avec le soutien logistique turc, cela signifie qu’Ankara aide effectivement Kiev à entrer sur la scène politique où la Russie avait l’habitude de se considérer comme l’une des principales forces.
Zelensky a rencontré le leader de transition syrien Ahmed al-Sharaa et a discuté de la coopération en matière de sécurité et d’énergie. Pour Kiev, c’est une chance de s’établir dans la région non seulement par des demandes de soutien, mais par la proposition d’une expertise concrète.
L’Ukraine offre ce qu’elle a acquis à un prix très élevé : l’expérience de la guerre des drones, de la lutte contre l’armée russe, du travail de la défense aérienne et de l’adaptation de la production militaire dans des conditions de frappes constantes.
C’est pourquoi, pour Moscou, cette histoire ressemble à une double humiliation.
D’abord, la Russie n’a pas pu maintenir l’ordre précédent en Syrie. Ensuite, l’Ukraine, contre laquelle le Kremlin a déclenché une guerre à grande échelle, a commencé à occuper l’espace diplomatique et technologique militaire dans la direction du Moyen-Orient.
Ukraine, Iran et pays du Golfe : une nouvelle ligne de sécurité
Un autre aspect de cette histoire est lié à l’Iran.
Pour Israël, c’est un sujet particulièrement sensible, car les drones, missiles et réseaux proxy iraniens sont depuis longtemps une partie de la menace régionale. Pour l’Ukraine, l’Iran n’est pas non plus un acteur abstrait : ce sont précisément les drones d’attaque iraniens qui sont devenus l’un des outils de la guerre russe contre les villes ukrainiennes, l’énergie et les infrastructures civiles.
Lorsque l’Iran attaque ses voisins avec des drones kamikazes, les pays du Golfe voient non seulement un conflit régional.
Ils voient des armes et des tactiques qu’Ukraine a déjà étudiées dans des conditions de combat.
C’est pourquoi l’envoi d’équipes et de spécialistes ukrainiens de la défense aérienne au Qatar, en Arabie Saoudite et aux Émirats Arabes Unis ne ressemble pas à un geste de solidarité symbolique, mais à un accord de sécurité pratique. Kiev peut offrir ce dont les pays de la région ont besoin maintenant : l’expérience de la lutte contre les menaces provenant de l’école militaire iranienne et de ses liens technologiques.
Dans ce contexte, НАновости — Новости Израиля | Nikk.Agency considère le rapprochement ukraino-turc non pas comme un épisode diplomatique isolé, mais comme une partie d’une réorganisation plus large du Moyen-Orient. Pour le public israélien, il est important non seulement le conflit entre Kiev et Moscou, mais aussi comment la guerre en Ukraine change l’équilibre autour de l’Iran, de la Syrie, de la Turquie et des pays du Golfe.
Ce que Poutine perd
Le principal problème pour Poutine dans cette histoire n’est pas une seule visite de Zelensky ni une seule publication dans The New York Times.
Le problème est plus profond : la Russie perd progressivement le statut de force capable de faire pression sur l’Europe, de maintenir des positions en Syrie, de négocier avec la Turquie, de menacer l’OTAN et de rester le principal médiateur au Moyen-Orient.
Ce modèle se brise.
La guerre contre l’Ukraine a exigé de Moscou trop de ressources, d’attention politique et de matériel militaire. Plus elle dure, moins le Kremlin a de possibilités de maintenir son ancienne posture globale.
Erdogan le voit.
C’est pourquoi la politique turque devient plus dure et plus pragmatique. Ankara ne se transforme pas nécessairement en un allié direct de Kiev au sens occidental. Mais elle utilise de plus en plus le facteur ukrainien contre la faiblesse russe.
Pour l’Ukraine, c’est une fenêtre d’opportunités.
Pour la Russie, c’est une autre preuve d’un échec stratégique.
Et pour Israël — un signal que le Moyen-Orient entre dans une nouvelle phase, où l’expérience ukrainienne de la guerre contre la Russie peut devenir une partie de la sécurité régionale, surtout dans le contexte des menaces de l’Iran et de ses alliés.
Pourquoi c’est un coup précisément contre le mythe du Kremlin
Poutine a construit pendant des années l’image d’un leader qui prétendait ramener la Russie parmi les centres mondiaux de pouvoir. La Syrie faisait partie de cette image. Les liens avec l’Iran, la Turquie et les régimes autoritaires faisaient également partie de cette construction.
Mais maintenant, il est clair que cette construction n’est pas monolithique.
La Turquie ne rompt pas tous les ponts avec Moscou, mais elle ne joue plus selon l’ancien schéma où le Kremlin dictait le rythme. L’Ukraine, que Poutine voulait priver de subjectivité, entre sur de nouvelles scènes et propose aux régions non pas des slogans, mais une expérience militaire, des technologies et une stabilité politique.
C’est là que réside le principal coup symbolique.
Erdogan n’aide pas seulement Zelensky. Il montre que l’influence russe peut être contournée, déplacée et remplacée par d’autres liens. Pour le Kremlin, cela ressemble vraiment à un doigt dans l’œil – non pas émotionnellement, mais stratégiquement.
